Xinjiang : un 1er anniversaire placé sous haute surveillance
La région du Xinjiang marque aujourd’hui le premier anniversaire des affrontements les plus violents qu’a connu la Chine depuis plusieurs décennies. Un anniversaire placé sous le signe de la sécurité.
A quelques jours de l’anniversaire, plusieurs milliers de caméras de surveillances avaient été installé dans les rues de la capitale de province, Urumqi, tandis qu’aujourd’hui, la ville a été prise d’assaut par les forces paramilitaires, armées et équipées de boucliers, porte-voix et casques.
Le décès de deux Ouïghours, suite à une bagarre survenue dans une usine du sud de la Chine avait attisé les tensions qui existent depuis longtemps entre les Hans, majoritaires dans le pays, et l’ethnie Ouïghour. Les tensions avaient éclaté en affrontements le 5 juillet 2009.
Les Ouïghours, comme les autres minorités ethniques du pays, clament depuis longtemps être sujets à une forte discrimination de la part des Hans. Des accusations que Pékin tente de contrer par de nombreuses campagnes de propagande dans la région.
Ce matin pourtant, le calme régnait dans les rues d’Urumqi. Pour beaucoup, les émeutes de l’année dernière sont encore des souvenirs frais dans leurs mémoires mais cela ne suffit pas à les empêcher de sortir. ‘Je ne suis pas inquiet parce que j’ai confiance en la Chine. On peut voir toutes les mesures de sécurité que le gouvernement à pris’, a expliqué un étudiant sur le chemin de l’école à l’AFP.
Dans les médias régionaux, télévision, radio et presse écrite, aucune mention n’a été faite de l’anniversaire. Des reportages ont présenté la ‘belle unité ethnique’ de la région, les problèmes locaux d’inondations et la construction du nouvel aéroport. Dans les médias nationaux, la place a été faite à la promotion de la stimulation économique de la région.
Le Quotidien du Peuple citait le responsable du Parti Communiste de la région sur la création d’emplois et la construction de nouveaux logements. Tandis que l’édition anglaise du China Daily publiait les récits de familles des victimes Hans au Xinjiang et indiquait que le gouvernement avait accru son réseau d’informateurs dans la région.
Pour Pékin, la région du Xinjiang, qui représente environ un sixième du territoire du pays, est une zone stratégiquement vitale. Non seulement parce que les sous-sols de la région sont riches, mais également parce que la région se partage des frontières avec des nations d’Asie centrale importante pour le pays.
A l’étranger, Rebiya Kadeer, magnat de centres commerciaux devenue activiste, expliqué que le monde prêtait une plus attention aux problèmes que rencontre les Ouïghours et ajouté que beaucoup plus pourrait être fait.
La mère de famille de 63 ans a passé 11 ans dans une prison chinoise avant de s’exiler aux Etats-Unis en 2005. Depuis les violences au Xinjiang, Kadeer est devenu le symbole du mouvement libre Ouïghour et ennemi public pour Pékin qui l’accuse, ainsi que le Congrès du Monde Ouïghour d’avoir fomenté les émeutes de 2009.
Kadeer a indiqué que ses sources avaient confirmé que les autorités chinoises continuaient à mener des raids contre les Ouïghours, justifiant leurs méthodes par une annonce occasionnelle d’avoir débusqué des cellules ‘terroristes islamiques’.
Kadeer et le Congrès du Monde Ouïghour réclament depuis un an que Pékin autorise une investigation indépendante internationale pour obtenir des chiffres exacts sur le nombre de personnes décédées, blessées et emprisonnées pendant et après les émeutes. ‘Le pouvoir économique de la Chine lui donne l’opportunité de mener des campagnes de répression sur les Ouïghours parce que Pékin peut faire taire les gouvernements occidentaux et musulmans’, a expliqué Kadeer à l’AFP.
Pékin estime que près de 200 personnes ont perdu la vie, ‘principalement des Hans’ et plus de 1 7000 ont été blessé.