40 000 caméras pour garder un œil sur Urumqi

Les autorités chinoises ont installé près de 40 000 caméras de surveillance dans la capitale du Xinjiang, Urumqi, à quelques jours du premier anniversaire des émeutes les plus violentes que la Chine a connu depuis plusieurs décennies. 

Les caméras de surveillances, surmontées de coques de protection ‘antiémeutes’ seront sous le contrôle de la police dans plus de 4 000 lieux publics, parmi lesquels les rues de la villes, les arrêts de bus, les écoles, les gares et les centres commerciaux, a indiqué le porte-parole du gouvernement local, Ma Xinchun. 

A l’origine des émeutes, des tensions de longue date entre Hans, ethnie majoritaire dans le pays, et la minorité Ouïghour musulmane, ainsi qu’une confrontation entre Ouïghours et Hans dans une partie du pays qui avait couté la vie à deux Ouïghours. Malgré la forte présence policière et le contrôle constant d’Internet, la Chine avait été prise par surprise par les émeutes. 

Les violences avaient pris fin avec le déploiement de troupes militaires mais les mesures de sécurité sont toujours en vigueur aujourd’hui. Selon les chiffres officiels, 197 Hans auraient perdu la vie et quelque 1 700 personnes auraient été blessées. Internet, les lignes internationales de téléphone et les SMS n’ont été débloqués que six mois plus tard. 

L’installation de milliers de caméras de surveillance est liée à une campagne de répression contre les ‘crimes violents’, lancée le mois dernier, ainsi que l’embauche de 5 000 nouveaux policiers venus gonfler les rangs de ceux déjà nombreux, présents au Xinjiang. ‘Vous pouvez voir plus la police patrouiller plus régulièrement et porter des fusils’, a indiqué par téléphone une femme surnommée Jing du Centre Commercial Hongshan New Century où elle travaille à Urumqi. ‘Si vous marchez dans n’importe qu’elle rue, vous pouvez les voir de temps à autres, souvent en groupes’. 

Les résidents sont forcés d’avoir a tout moment leurs cartes d’identités sur eux et les personnes venant de villes voisines vers la capitale doivent obtenir une carte de résidence temporaire, que les autorités vérifient strictement, a indiqué un opérateur surnommé Liu à l’hôtel Torch d’Urumqi. 

Pékin étiquette ‘terroristes’ tous ceux qui s’opposent à elle sur le sujet du Xinjiang. A la fin du mois dernier, le gouvernement central avait annoncé avoir découvert un gang de ‘terroristes hard-core’ qui, disait-il, aurait comploté des attaques dans les villes du sud de la région entre juillet et octobre l’année dernière. Le porte-parole du Ministère de la Sécurité publique, Wu Heping, n’a répondu à aucune question des journalistes et sa déclaration n’a pas pu être vérifié. 

Un jour seulement après l’annonce de Wu Heping, les officiels du Xinjiang lançaient une campagne d’éducation patriotique intitulée ‘Aimez la formidable mère patrie, construisez un beau pays’, dont le but est d’établir les minorités inséparablement des Hans’. 

Le groupe de défense des Droits de l’Homme Ouïghours (UHRP en anglais), basé à Washington, a appelé le gouvernement chinois à supporter une investigation internationale indépendante sur les violences de l’année dernière. Le groupe a également demandé au gouvernement de libérer les Ouïghours qu’il affirme détenir sans charge, de mettre une fin aux campagnes de répression et d’adresser le problème à l’origine des tensions dans la région. 

‘Les comptes-rendus du gouvernement en juillet et septembre sur les émeutes d’Urumqi ont systématiquement démonisé les Ouïghours comme des criminels violents et des terroristes et les résidents d’Urumqi ont indiqué au UHRP que la propagande du gouvernement ont avivé les flammes de la haine public à l’égard des Ouïghours et accentué les discordes ethniques dans la ville’, a indiqué le groupe. 

Les leaders chinois continuent d’affirmer que tous les groupes ethniques sont traités de manière égale et pointe aux milliards de yuans investis pour la modernisation de la région, dont les sous sols sont riches en pétrole et gaz naturel. En mai, le gouvernement a annoncé son intention d’injecter près de 10 milliards de yuans dans la région, à partir de l’année prochaine. 

Mais les autorités ont été accusé d’aliéner les Ouïghours, une minorité ethniquement et linguistiquement distincte de la majorité Han, en imposant de fortes restrictions sur la culture, la pratique religieuse et les dissidents, même non violents. De nombreux Ouïghours disent d’ailleurs souffrir d’une forte discrimination, ils ne sont notamment pas en mesure d’obtenir de prêts ou de passeports. Pour les Chinois Hans au Xinjiang, les Ouïghours seraient plus concernés par la religion que par les affaires.