La saga Google : dernier volet d'une longue série ?

Dans la pratique, rien de changera et pourtant tout pourrait changer. Mercredi, Google et la Chine ont entamé le dernier acte d’une longue saga : moins de 24 heures avant l’arrivée à échéance de la licence commerciale de Google en Chine, le moteur de recherche américain a modifié le système de redirection de son site Hongkongais vers un domaine .cn non censuré. 

La raison est claire : la Chine ne tolère pas qu’une société étrangère viole les limites que les gouvernement impose sur la navigation en ligne. Pour ne pas perdre la possibilité d’opérer en Chine, Mountain View a annoncé une solution Google Style : les internautes se connectant au site chinois google.cn, ne sont plus redirigés vers google.com.hk comme c’était le cas, mais une page temporaire sur laquelle ils peuvent télécharger de la musique et surfer sans restriction. 

Dans la réalité, rien ne change : au lieu d’une recherche automatique et sans censure, les internautes chinois n’ont plus qu’a cliquer sur un lien. Seul hic, la solution n’est pas suffisamment satisfaisante pour que Pékin renouvelle la licence de fournisseur de contenus (ICP) que tous les sites internet doivent avoir pour exercer en Chine. Et, ajoutant aux relations déjà tendues entre les deux parties, cette solution pourrait mener Google à sa fin sur le marché internet le plus important du monde (la Chine comptant 400 millions d’internautes). En l’espace de quelques jours seulement, le domaine google.cn pourrait avoir complètement disparu. 

Pour Google, une nouvelle ‘attaque’ médiatique, comme celle du mois de janvier, pourrait être la seule solution mais aussi mener les relations difficiles que la société entretien avec la Chine, à une situation de non retour. 

Récapitulons : début janvier 2010, suite à une série d’attaques informatiques que Google affirme qu’elles émanent de Chine, la société US menace de donner un accès non censuré aux résultats de son moteur de recherche, et ainsi, de révoquer l’accord que la société avait avec les autorités. C’est le prix que doivent payer les sociétés internet étrangères pour opérer dans l’Empire du Milieu. Google décide alors d’en finir et lance alors une campagne internationale prenant clairement position contre Pékin. 

Sergey Brin, l’un des fondateurs de Google rajoute alors de l’huile sur le feu lorsqu’il compare la stratégie chinoise à celle de l’Union Soviétique. Le moteur de recherche obtient alors, non seulement le soutien d’un grand nombre d’activistes chinois, qui expriment leur solidarité au géant US sur leurs blogs et les réseaux sociaux ; mais aussi le soutien d’Hilary Clinton et de l’administration américaine tout entière. Une situation qui contrarie énormément Pékin. 

La position de Google en Chine n’est alors pas en bonne forme : les Chinois n’apprécient pas l’interférence étrangère dans leurs affaires internes. Tout laisse indiquer que Google va couper les ponts et quitter le pays mais, coup de théâtre, la société délocalise les recherches du .cn vers son site hongkongais. 

Un pays, deux moteurs de recherche : à Hong Kong, Google opère sans filtre et sans restriction ce qui rend l’accès aux ‘termes interdits’ en Chine relativement facilité. Une situation satisfaisante pour les deux parties jusqu’à ce que, quelques jours plus tard, Brin face entendre que la solution a été proposée par…Pékin. Certains activistes dénoncent le manque de transparence l’accord car aucun des deux acteurs n’en expriment clairement les termes. Pendant six mois, la guerre Google-Chine se fait oublier jusqu’à hier lorsque Google révèle les termes réels de l’accord sur son blog officiel : ‘des dialogues que nous avons eu avec les officiels du gouvernement chinois, il est clair qu’ils trouvent la redirection inacceptable et si nous continuons à rediriger les internautes, notre licence ICP (Internet Content Provider, ndlr) ne sera pas renouvelée’, écrit David Drummond, responsable légal chez Google. Une licence qui expire aujourd’hui. 

Hier, le gouvernement chinois ne fait aucune commentaire en dehors du mantra habituel : les sociétés étrangères doivent respecter la loi chinoise. Une affirmation mainte fois répété et qui aujourd’hui ne peut mener à aucune fin positive, si ce n’est beaucoup de bruit. Selon certains observateurs, le plus étonnant réside dans la continuelle position –très- publique de Google à cet égard, sachant très bien que Pékin n’aime pas être placé sur le devant de la scène sur ce type de sujets. Selon les rumeurs, le post de Google est la dernière tentative, plus médiatique que prometteuse, de sauver les apparences face à un destin certain. 

Pékin, comme à son habitude, ne semble y prêter aucune attention. Impossible de savoir à l’heure actuelle si une autre solution sera proposé, mais une chose est certaine, les politiciens ne reviennent que très rarement sur leurs positions. A suivre…