Accord commercial historique entre Taïwan et la Chine
Taïwan a signé aujourd’hui son premier accord d’échange commercial avec la Chine renforçant ainsi ses relations avec la troisième économie mondiale. L’accord est le plus significatif depuis la fin de la guerre civile qui avait séparé les deux pays il y a 60 ans.
L’Accord Cadre de Coopération Economique (ACCE), salué par les deux parties comme une étape importante et un impératif commercial dans une ère de coopération régionale, a été signé par des envoyés des deux pays dans la ville chinoise de Chongqing. ‘C’est un moment important pour le développement des relations sur le long terme’, a indiqué Chiang Pin-kung, envoyé taïwanais en Chine.
Le pacte commercial permettra de réduire, sur une période de deux ans, les droits de douanes de 539 produits taïwanais d’une valeur totale de 13.8 milliards de dollars, ou 16 pour cent des exportations de l’ile vers le continent. Il permettra en outre aux sociétés taïwanaises d’avoir accès à 11 secteurs de service, y compris bancaire, médical et dans les assurances, tandis que Taïwan a accepté d’offrir un accès à la Chine à sept domaines, y compris bancaire et cinématographique.
A l’heure actuelle, 80 milliards de dollars de produits affluent vers la Chine chaque année tandis que seul 30 milliards affluent vers Taïwan. Grâce à l’accord, les échanges commerciaux entre les deux pays pourraient davantage augmenter.
Economique, l’accord est pourtant plus favorable à Taipei car il permettra d’une part d’ouvrir la porte à d’autres accords et d’autre part, de restaurer la compétitivité de l’ile sur le troisième marché du monde. Mais il était également vital pour les sociétés taïwanaises qui ne bénéficiaient par encore des traitements préférentiels que le continent offre à dix pays d’Asie du sud-est.
En janvier, la Chine a signé des accords du même type avec des pays de l’Association des Nations du Sud Est Asiatique. D’autres accords sont actuellement négociés avec le Japon et la Corée du Sud.
Si en Chine les réactions ont été positives, de nombreuses manifestations ont été organisées à Taïwan en signe de protestation. ‘La Chine incorpore Taïwan dans sa chaine d’approvisionnement et l’économie taïwanaise deviendra une part entière de l’économie chinoise : c’est la plus grande inquiétude du peuple taïwanais’, a indiqué Tsai Ing-wen, président du parti de l’opposition, le Parti Progressif Démocratique, au cours d’une manifestation qui a rallié plus de 30 000 personnes le 26 juin.
Les critiques taïwanais s’inquiètent des motivations de la Chine pour qui l’accord est davantage politique, qu’économique. L’offensive de charme de Pékin pourrait être destiné à gagner le cœur et les esprits du peuple et des grosses sociétés taïwanaises qui leurs apporterait un soutien politique satisfaisant son propre agenda : la réunification.
Avant son élection il y a deux ans, Ma Ying-jeou, le président Taïwanais avait promis de réduire les tensions qui existent entre l’ile et le continent. Aujourd’hui, des lignes aériennes directes et des liens postaux ont été établi entre les deux pays.
Le site de la signature de l’accord, Chongqing, a lui même une forte résonnance historique et donne la preuve que les relations entre les deux pays se sont nettement améliorées. La ville a servit de quartier général aux forces nationalistes du Kuomintang entre 1937 et 1945 alors qu’ils se battaient contre les troupes japonaises.
Et si la Chine continue de considérer Taïwan comme une province rebelle, part intégrante au continent depuis la défaite et le retrait des troupes du Kuomintang sur l’ile en 1949, une nouvelle page de l’histoire commerciale a été tournée aujourd’hui, là ou les mésententes militaires ont échoué depuis six décennies.
Illustration Xinhua