Dissidents et activistes s’organisent autour de Ni Yulan…sans succès

Nouvel épisode de la lutte de Pékin contre les contestataires Chinois. Un groupe de dissidents et activistes ont été assigné a résidence ou harcelés pour avoir tenté de rencontrer Ni Yulan, activiste sans domicile fixe hier.

La rencontre, rendue publique sur le site censuré de micro-blogging Twitter, devait avoir lieu hier dans un tunnel où résident Ni et son mari, Dong Jiqin. Ils étaient pourtant nombreux à avoir apporté leurs messages de soutien et de participation sur le site. Mais à l’heure du rendez-vous, Ni et Dong avaient été déplacé par la police. 

Selon un témoin, 50 officiers de police ont déboulé dans le tunnel, au moment où Ni et son mari arrivaient. ‘Ils ont poussé sa chaise roulante et ont entrainé son mari. Pourquoi déployer autant de moyens pour deux personnes ordinaires’ ? s’est interrogé le supporter. 

D’autres activistes et avocats de droits avaient également répondu à l’appel. Liu Dejun et trois congénères ont été emmené et battu par la police dans la nuit de mardi. ‘Ils ont frappé à ma porte vers minuit et vers deux heures du matin, l’ont ouvert par la force. Ils m’ont bandé les yeux et m’ont emmené à la campagne où ils m’ont battu et m’ont demandé quel était mon programme pour mercredi soir’. 

Li Fangping a indiqué que trois policiers en civil étaient postés devant sa porte depuis hier. ‘Ils n’ont pas expliqué pourquoi ils sont là mais ils m’ont demandé ce que j’avais prévu de faire ce soir [mercredi]’, a t-il expliqué au journal Hongkongais South China Morning Post par téléphone. 

Pour les activistes, ce serait les messages postés sur Twitter qui auraient alerté la police. ‘Nous avons tweeté à propos de la rencontre parce que nous voulions que plus de monde connaisse Ni et la supporte. Ce que la police a fait est honteux et totalement illégal’, s’est indigné l’avocat Teng Biao qui n’ pas pus se rendre à la rencontre en raison d’un voyage d’affaire. 

Ni Yulan a été battu par la police, interdite de pratique son métier d’avocate et emprisonnée à plusieurs reprises pour avoir tenté d’aider des milliers de personnes dans des cas d’expulsions forcées en lien avec le lifting de Pékin avant les Jeux Olympiques de 2008. Mais elle refuse de céder aux intimidations du gouvernement. 

En avril 2002, Ni est la première a être détenue dans un cas de démolition forcée après qu’elle ait filmé la destruction de la maison d’une famille pékinoise. ‘J’ai été illégalement détenu pendant 75 jours parce que la police n’osait pas me relâcher en raison de mes blessures’, a t-elle confié à l’AFP au début du mois. Ni souffre de lésions au dos et aux jambes et n’est plus en mesure de marcher sans béquilles. 

Elle continue néanmoins à se battre et est condamnée à un an de prison pour avoir cherché réparation pour les brutalités policières qu’elle a subit. La condamnation lui interdit de pratique son métier d’avocate. A sa libération de prison, le harcèlement reprend et, quatre mois avant le début des JO, elle est condamnée à deux ans de prison pour ‘interférence avec l’administration publique’ lorsqu’elle tente d’arrêter les bulldozers sur le point de détruire sa maison. 

Ni et Dong vivent aujourd’hui dans une tente improvisée dans un parc de la capitale. ‘Mon mari et moi avons séjourné pendant quelques temps dans une auberge mais le gouvernement les a menacé et les a forcé à nous jeter à la rue. Depuis, plus personne n’ose nous laisser vivre chez eux’. 

Les expulsions forcées sont une source importante de mécontentements en Chine. Des citoyens ordinaires, comme les activistes, accusent régulièrement les gouvernements locaux et les promoteurs immobiliers d’empocher de grosses sommes d’argent pour faire place nette pour l’implantation de nouveaux projets immobiliers. 

Invaincu, Ni prévoit maintenant de déposer un plainte auprès de la plus haute instance judiciaire du pays. L’ancien juge à la cour de Pékin qui à condamné Ni, Guo Shenghui, a été condamné à la peine de mort en octobre 2008 pour corruption, parmi lesquels des dessous de table seraient directement liés à des transactions immobilières, ont rapporté les médias étatiques.

Le cas de Ni et Dong illustre ce qu’il arrive aux citoyens moyens lorsqu’ils se battent pour leurs droits. Et après toutes ces guerres et ses peines, qu’est-il arrivé au site où résidaient Ni et son mari ? ‘Ils n’ont pas construit la moindre chose’, a t-il répondu.

Illustration Breitbart.com