Coupe du Monde de Foot en Chine : une question de phonétique

S’il est difficile pour les occidentaux de prononcer correctement les noms des joueurs Chinois, la difficulté prend de nouvelles proportions lorsque les commentateurs sportifs Chinois tentent de prononcer les noms des joueurs occidentaux. Parce que la langue chinoise est entièrement composée de mots monosyllabiques et dissyllabiques, les noms à trois syllabes, l’expérience peut devenir un véritable exercice d’articulation. 

C’est en 1999, au cours d’un match italien diffusé sur la China Central Television (CCTV) que cela est devenu très clair. Alors que l’attaquant Suédois, Osmanovsky quittait le terrain, le commentateur tentait de prononcer son nom chinois, Ao-se-ma-nuo-se-qi, plus vite que la cadence du footballeur pour rejoindre les bancs. Il va sans dire que, lorsque le commentateur est arrivé au bout de sa phrase, il n’avait non seulement plus de souffle mais le joueur en question était déjà sous la douche. 

Quelques années plus tard, Osmanovsky disparaissait des terrains de foot pour le plus grand bonheur des commentateurs. Mais le calvaire n’était pas terminé. Un autre footballeur Suédois devenait une figure montante du milieu footballistique : Ibrahimovic. 

En chinois, prononcez Yi-bu-la-se-muo-wei. Un terme pratiquement impossible à prononcer en un souffle pour Zhang Lu et Liu Jianhong, les commentateurs sportifs les plus connus de la CCTV. En arrivant à la moitié de son nom, Ibrahimovic avait déjà mis un but. Pour solutionner leur problème, ils ont remplacé Yi-bu-la-se-muo-wei par Yi-bu : Yi-bu prend la balle, Yi-bu met un but… Dommage qu’Ibrahimovic et son équipe n’aient pas été qualifié pour la Coupe du Monde 2010. 

Mais Schweinsteiger, et son équipe allemande, si ! 
She-wei-yin-se-tai-ge a un nom chinois qu’il n’est que possible d’éternuer mais n’est pas suffisamment connu pour s’être vu attribuer un surnom. Le risque de voir Schweinsteiger marquer un but avant que le commentateur ait eu le temps de prononcer son nom est élevé, et ce pour notre plus grande curiosité. 

Ronaldo, Ronaldinho et Cristiano Ronaldo. Voilà là une autre curiosité de la phonétique footballistique chinoise. Au commencement, il y avait le phénomène brésilien de l’Inter. Puis Ronaldinho et Cristiano Ronaldo ont fait leur apparition et les choses se sont compliquées. Ronaldo est devenu Da-Luo, le grand Ronaldo ou Fei Luo, le gros Ronaldo. Ronaldinho a été baptisé Xiao Luo, le petit Ronaldo, parce que son nom chinois d’origine, Luo-na-er-di-ni-ao ne pouvait pas durer plus longtemps. Cristiano Ronaldo, à l’inverse, est facile et attrayant : C Luo, le C prononcé à l’anglaise, font de lui une superbe affaire marketing. 

Les noms grecs sont probablement à l’origine de nombreux cauchemars dans la tête des présentateurs chinois, autant qu’ils le sont pour les commentateurs occidentaux. Papastathopoulos devient Pa-pa-se-ta-suo-pu-luo-si. Un remarquable nom en 8 caractères. Spiropoulos est repabtisé Se-pi-luo-pu-luo-se, le joueur Katsouranis devient Ka-te-suo-la-ni-se, etc… 

Le son ‘r’ n’existe pas en chinois. Du coup Ribéry rend la tâche un peu difficile et devient Li-bei-li tandis que Anelka devient Ah-nei-er-ka. Moins compliqué mais tout de même laborieux. Du côté des joueurs des équipes africaines, Nicolas Nkoulou, défense du Cameroun, est baptisé En-ku-lu, Mohammadou Idrissou devient Yi-de-li-su tandis que Eric-Maxim Choupo-Moting a été simplifié en Qiao-bo Mo-ding. 

Au final, ce sont les joueurs des équipes asiatiques qui sont les plus simples pour les commentateurs de la CCTV : la phonétique coréenne est relativement proche du chinois et le japonais utilise certains caractères chinois. Le footballeur Nord-coréen Jong Tae-se et devient Zheng Dashi. Le capitaine Nippon Kawaguchi, n’est pas rebaptisé Ka-wa-gu-shi mais un simple Cuangkou Nenghuo. 

Et cette fois ci, ce sont les commentateurs Chinois qui peuvent se détendre et passer le relais à leurs confrères occidentaux.