Les ouvriers de l’atelier du monde demandent leurs dus

Ils ont fait la une des journaux internationaux. La deuxième génération d’ouvriers chinois dénonce enfin leurs conditions de travail déplorables, leurs salaires misérables et les longues heures supplémentaires de labeur. La société civile chinoise est en explosion. 

Ca a d’abord été les suicides à la chaine à l’usine de Foxconn, puis une grève générale à celle de Honda. Et le fléau continue de se répandre. Cette semaine, ce sont des employés d’une filière de Foxconn dans les faubourgs de Shanghai qui exigent une augmentation de leurs salaires, les ouvriers du japonais Brother Industries au Shanxi qui bloquent les lignes d’assemblages ou encore celles de Honda Lock dans le Guangdong. 

Selon la théorie Marxiste, les travailleurs sont la force la plus importante du communisme. Pourtant en Chine, c’est la force ouvrière de plus en plus mécontente qui provoque des inquiétudes au sein du Parti Communiste. Peu importe finalement que les leaders restent fidèles à leur idéologie ou adoptent le capitalisme : la nation ne pourra avancer que si les salaires sont justes, les conditions de travail raisonnables et que les droits protégés. 

La course chinoise à la croissance économique n’a pas bénéficié à tous et les ouvriers le savent. Les sociétés étrangères –et chinoises- se sont précipitées pour profiter d’une main d’œuvre peu chère et docile. Elles ont gardé les salaires au plus bas pour continuer à bénéficier de marges élevés et pour assurer ainsi, aux consommateurs occidentaux, des produits à bas prix. 

Le gouvernement central supportait jusqu'à présent, les propriétaires d’usines et les acheteurs étrangers. La Fédération des Syndicats de Chine, gérée par le gouvernement, devait en théorie protéger les droits des ouvriers mais dans les faits, elle aidait les chefs d’entreprises à assurer que leurs objectifs de production soient atteints. Les syndicats indépendants ont été rendus illégaux, les groupes non gouvernementaux et les avocats ont été découragés. 

Et c’est aux autorités que le modèle a bénéficié. Il a été le moteur de la croissance du pays : les revenus liés aux exportations ont continué à grimper, les taxes générées ont rempli les poches du gouvernement et il a crée de l’emploi. Un tiers des quelques 1.3 milliards de Chinois appartiennent aujourd’hui aux classes supérieures et moyennes. A l’inverse, la vaste population des ouvriers responsables de se succès n’ont pas obtenus leur part du gâteau de la prospérité. 

La crise économique globale de 2008 a cependant changé la donne. Inflation et diminution des exports ont empêché la Chine d’atteindre les objectifs de croissance qu’elle s’était fixée et l’a forcé à s’en remettre au développement de la consommation domestique. Mais les retombées économiques de la crise ont vidé les poches et les plus aisés ont préféré garder leur argent pour de futurs besoins : éducation, urgences médicales et pensions. C’est ce que réclame les ouvriers aujourd’hui : des salaires plus élevés qui pourront à leur tour, servir de moteur à la consommation domestique. 

D’ici 2015, le nombre de travailleurs entre 16 et 64 ans commencera à décliner. Le monde ne peut pas continuer à espérer payer de moins en moins pour ce qu’ils obtiennent des usines du pays. Le malaise sociale est certain en Chine, pourtant, seule une vraie répartition des richesses pourront permettre à la Chine de continuer à avancer vers la voie de la croissance.

Illustration Dailymail