Tian’anmen : Pékin doit se confronter à la réalité, le peuple sait !
Pollution, embouteillages, levé du drapeau sur fond d’hymne national. C’est une journée comme les autres. Enfin presque. Sous une apparente normalité, la Chine ‘célèbre’ aujourd’hui le 21ème anniversaire de la répression de Tian’anmen. Mais si les autorités ont depuis longtemps enseveli le secret, les souvenirs de ce jour noir de l’histoire du pays restent à jamais gravé dans les esprits.
Le gouvernement n’a jamais fait la lumière sur les événements. La version officielle de l’histoire est rarement mentionnée et lorsque les médias sont contraints de l’évoquer, ils indiquent simplement ‘l’incident de 1989’. Deux décennies plus tard, rien n’a changé : le sujet est tabou et la simple mention déviées de la version officielle est strictement censurée. Une observation sur le sujet peut vous envoyer dans un camp de travail ou vous voir assigner à résidence.
Mais pour les familles de victimes et les témoins de la tragédie, la profonde injustice et le silence total sur les événements est loin de panser les plaies encore ouvertes. Wan Ziming et Dai Jianwen ne se connaissent. Pourtant, chaque année à cette date, l’un revêt un t-shirt noir, identique à celui qu’il portait sur la Place Tian’anmen le 3 juin 1989, l’autre un t-shirt blanc, couleur traditionnelle du deuil en Chine. Partout en Chine, c’est dans le silence que des milliers de personnes rendront ainsi hommage aux manifestants ayant péri il y a 21 ans.
‘Le gouvernement nous a menti toutes ces années et prétends que l’action de répression n’a jamais eu lieu. Bien que les commémorations publiques ne soient pas autorisées, je veux tout de même faire quelque chose par moi même parce que nous n’oublierons pas ce qui s’est passé cette année’, a expliqué Wan.
Car pour refermer les plaies et entamer une relative réconciliation, le gouvernement chinois devra se confronter à la réalité, admettre ce qu’il s’est réellement passé et reconnaître que, contrairement au verdict officiel, les manifestants n’étaient pas des ‘contre révolutionnaires déterminés à plonger la Chine dans le chaos’, mais des étudiants pacifistes, exerçant leur droit de liberté d’expression et revendiquant des inquiétudes partagées par certains leaders de l’époque.
Un tel pas semble aussi incertain aujourd’hui, qu’il ne l’était à l’époque. Il a été débattu que l’écrasement des démonstrations était un acte justifié pour ouvrir la voie au développement stable et à la croissance économique chinoise. Et il est fort de reconnaître que les réformes économiques ont permis à plusieurs centaines de millions de Chinois de sortir de la pauvreté.
Mais cela n’aurait-il pas été possible sans recours à la violence ? La croissance économique n’aurait-elle pas pu avoir lieu, accentué éventuellement, par un environnement politique plus ouvert et plus tolérant ? Le monde ne nie pas l’importance économique et l’envergure politique de la Chine sur la scène internationale mais après deux décennies, le 4 juin continue de ternir les perceptions du monde sur les succès chinois.
Aujourd’hui, les jeunes générations vivent dans l’ignorance totale de ce qui s’est passé au cours de l’été 1989, tandis que les autres, témoins de l’événement, n’oublient ni ne pardonnent. Et plus Pékin tardera à ouvrir le dialogue sur les événements, plus il sera difficile de se mettre d’accord sur la vérité.