Hong Kong : 'La Déesse' est libre
La police hongkongaise a confisqué samedi deux statues érigées au cœur de la ville, à Times Square, en signe de deuil pour les victimes de la répression militaire sur le place Tian’anmen, le 4 juin 1989, et arrêté treize activistes, gardiens des statues, dans ce que les critiques appellent une escalade de la censure politique de la région semi-autonome chinoise.
La statue ‘La Déesse de la Démocratie’, réplique exacte de celle érigée par les étudiants sur le place Tian’anmen au cours des semaines précédents la répression, représente une femme portant dans une main une torche et dans l’autre un livre sur lequel les termes ‘Liberté’, ‘Démocratie’ et ‘Justice’ ont été gravés. L’autre, en plastique, représente les actions militaires du 4 juin 1989.
L’action menée dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, qui a fait au moins plusieurs centaines de morts, est encore un sujet tabou sur le continent. Mais à Hong Kong, ancienne colonie britannique jouissant de certaines libertés à l’occidentale, l’incident est célébré ouvertement et rassemble annuellement plusieurs milliers de personnes à la veillée mortuaire le soir du 4 juin.
Cependant, samedi, des officiers de police ont confisqué les statues peu de temps après qu’elles aient été installées, estimant que les activistes pour la démocratie du groupe de l’Alliance de Hong Kong pour le Support du Mouvement démocratique patriotique de Chine n’avaient pas obtenus la licence nécessaire.
Au cours de la confiscation, treize activistes ont également été arrêtés, parmi lesquels le législateur démocrate Albert Ho qui a indiqué aux reporters : ‘nous avons organisés des activités similaires par le passé, mais nous n’avons jamais été traité si violemment’. Selon lui, l’action serait une conséquence directe de la répression sur les activistes de Tian’anmen.
C’est à l’issue de deux heures de dialogues entre des membres de l’Alliance et la police hongkongaise que le superintendant en charge des relations publiques à déclaré que les statues seraient relâchées en signe de bonne volonté. ‘Nous comprenons que les organisateurs aient urgemment besoin de mettre en place les statues pour la veillée du 4 juin. Nous avons donc pris les mesures appropriées’.
A l’arrivée des statues à leur nouvel emplacement, le Parc Victoria où se déroulera la veillée funèbre, les troubles des jours passés ont été rapidement oubliés. Les membres de l’Alliance ont chanté en cœur : ‘la déesse de la démocratie se lève’.
Cependant, activistes et critiques ont condamné l’action musclée de la police, accusant le gouvernement de Hong Kong de tenter de limiter les actions publiques en lien avec les événements de Tian’anmen.
Le statut semi-autonome de Hong Kong sous le règne chinois devrait permettre le maintient de libertés typiquement refusées sur le continent, tel que la liberté d’expression et de démonstration. Mais beaucoup sur l’ile accusent l’administration hongkongaise d’empiéter lentement sur ses libertés sous la pression de Pékin.
Selon une enquête, menée annuellement par l’Université de Hong Kong et qui mesure ce que les citoyens ressentent à propos de la Chine depuis la répression de Tian’anmen il y 21 ans, a révélé que 13 pour cent des 1 051 personnes interrogées, la situation des droits de l’homme en Chine a empiré depuis 1989, une augmentation de 8 points par rapport à 2009. Ils étaient 63 pour cent à estimer que la situation des droits de l’homme est en progrès en Chine contre 78 pour cent l’année dernière.