Permis de résident, la fin prochaine du hukou ?

Régulièrement critiqué, les derniers jours du système du hukou, équivalent d’un livret de famille restrictif, approcheraient-ils ? C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le Gouvernement Central qui vient de décider d’étendre le système du permis de résidence au pays tout entier et de permettre ainsi aux résidents des zones rurales de bénéficier des mêmes bénéfices sociaux que leurs homologues urbains. 

Bien que dix gouvernements locaux, parmi lesquels Shenzhen, Guangzhou, Shanghai, Dalian et Changchun, ai déjà adopté le permis de résident pour les travailleurs migrants, c’est une grande première pour le Conseil d’Etat de décider de l’extension, graduelle, du système de permis de résident à toutes les villes chinoises et d’alléger les exigences et restrictions liées au hukou dans les petites et moyennes villes. 

Avec un tel permis, les migrants pourront bénéficier des mêmes bénéfices sociaux que les résidents urbains. Et après un certain nombre d’années (10 ans pour Shenzhen) et répondant à certains critères tel qu’obéir à la politique de l’enfant unique ou ne pas avoir de casier judiciaire, les migrants seront en mesure de transférer leur hukou dans leur ville de résidence. 

Cette proposition suit les promesses faites par le premier ministre Wen Jiabao dans son dernier rapport de travail annuel en mars et arrive un jour seulement avant la publication d’une article du vice-premier ministre, Li Keqiang dans lequel il fait le vœu de classifier plus systématiquement les fermiers des résidents urbains. 

Dans son article, publié hier dans Seeking Truth, la publication du Parti Communiste Chinois, Li écrit qu’une des priorités de l’urbanisation est de grouper les résidents ruraux qui satisferont certains critères, en tant que résidents urbains. ‘Nous devons faire des efforts en terme d’embauche, de salaires, de sécurité sociale et d’éducation des enfants pour ceux qui ne peuvent pas actuellement, avoir leurs hukous transférés dans les villes’. 

Un petit pas pour la Chine mais un grand pas pour les contestataires du système de hukou qui estiment qu’il est à l’origine de l’écart grandissant des richesses entre les zones rurales et urbaines du pays. En effet, le hukou permet l’accès à des bénéfices sociaux non négligeables : logement, accès à l’éducation et aux soins pour n’en citer que deux. Mais dans les conditions actuelles, les bénéfices entre les villes et les campagnes sont profondément différents et les travailleurs migrants ne bénéficient d’aucun avantage. Et c’est sans parler des difficultés des jeunes diplômés au hukou campagnard, à trouver un poste dans une grand ville. 

Adopté à la fin des année 1950 dans le but de contrôler les déplacements de population, notamment des zones rurales pauvres vers les zones urbaines, le système du hukou a toujours été fortement critiqué. La preuve la plus récente remonte au mois de mars lorsque treize journaux nationaux publient un éditorial commun exhortant le gouvernement à réformer le système dans sa totalité. 



Pourtant, depuis trois ans déjà les papiers du gouvernement mentionnaient une réforme du hukou, avec des progrès tout relatif. En 2007, Pékin décide d’’explorer’ l’organisation du système pour le rendre ‘consistent’. En 2008, c’est en atteignant ‘certains standards’ que des paysans sont finalement autorisés à déplacer leur hukou dans certaines zones urbaines. En 2009, le gouvernement propose d’améliorer le service aux migrants dans les villes. 

Pour Zhou Xiaozhen, professeur de sociologie à l’Université du Peuple à Pékin, l’introduction d’un système de permis de résidence national est un prélude à l’annulation totale du hukou, bien que cela puisse prendre du temps. Selon lui, l’actuelle ‘carte d’identité de résidents’, ou hukou, sera remplacée par la ‘carte d’identité du citoyen’, ce qui permettra de séparer le lieu de résidence du porteur de la carte, de son identité et l’autoriser ainsi, à se déplacer plus librement. ‘Les permis de résidents sont une transition, je le vois comme un progrès’, a confirmé Zhou. 

Illustration China Daily and Global Times