De l’escroquerie du système de santé en hôpitaux

Le système de santé va mal en Chine. De longues heures d’attentes, des prix souvent très élevés pour le commun des chinois, des médecins qui ont perdu leur vocation. Mais aujourd’hui, un rapport diffusé sur la chaine étatique China Central Television (CCTV) a révélé que les patients à la recherche d’un avis médical seraient la cible d’une escroquerie à vaste ampleur. 

Prenez d’abord les sociétés pharmaceutiques dont le premier objectif est d’obtenir des autorités sanitaires chinoises que leur médicament soit ajouté à la liste B des médicaments de bases. La liste A proposant des médicaments remboursés par la sécurité sociale nationale. 

Entre ensuite en scène les représentants de ces mêmes sociétés qui vont à la rencontrent des chefs des départements d’hôpitaux pour leur proposer leur médicament. Afin de s’assurer qu’il sera effectivement accepté par le comité de l’hôpital, les sociétés n’hésitent pas à payer les personnes clés du comité à hauteur de dizaines de milliers de yuans. 

Les chefs de départements se voient ensuite assuré des avantages en nature pour certains des produits qu’ils prescriront : voyages à Hong Kong notamment, pour participer à des conférences médicales. La pharmacie de l’hôpital joue également un rôle important dans le calcul du nombre de médicaments prescrits par la totalité des médecins de l’hôpital. Les employées de la pharmacie sont payées environ 30 fen pour chaque médicament prescrit par médecin. 

‘Les chirurgiens gagent de l’argent en procédant des examens et en réalisant des chirurgies. Nous, docteurs de médecine interne, devons nous appuyer sur la prescription de médicaments’, a indiqué le docteur Yu Mingde, président de l’Association de Management des Entreprises Pharmaceutiques de Chine. 

Le problème est que ‘ce n’est pas une décisions faite sur la base d’une connaissance médicale mais sur la hauteur des pots-de-vin’. Selon Yu, les docteurs reçoivent généralement un tiers du prix payé par les patients pour les médicaments. ‘Par exemple, un médicament vendu à 16 rmb aux patients, rapporte 5 rmb au médecin. Une injection à 40 rmb, permet aux médecins d’engranger 12 rmb’. 

Au final, le patient trinque ! Au Deuxième Hôpital de Xiangya, le plus important de la province du Hunan, un médicament à base d’asperge, traitement supplétif pour les survivants du cancer, était vendu aux patients à 213 rmb la bouteille, soit 14 fois plus que son cout de production de 15.50 rmb. Selon les politiques du gouvernement central, l’hôpital est autorisé à pratiquer une surcharge de 15 pour cent mais celui ci pratiquait une surcharge de 56 pour cent. 

‘C’est un secret de polichinelle’, explique Yu ajoutant cependant que dans certains cas, le patient peu bénéficier de l’escroquerie. ‘Je recommanderait un médicament de stimulation du système immunitaire produit à Shanghai plutôt qu’une marque Allemande à 342 rmb et qui ne me rapporte aucune commission. Nous leur disons que le médicament coûte 60 rmb de moins que celui de marque étrangère. Le patient est content de payer moins et nous récupérons 50 rmb pour l’avoir prescrit. J’ai même entendu dire que les médecins de Shanghai récupèrent 40 rmb de plus que nous pour le même médicament. 

Le docteur Yu gagne environ 1 000 rmb par mois mais indique qu’il multiplie son salaire par deux en prescrivant les médicaments de certaines sociétés. ‘Je n’ai aucun problème avec les mesures du gouvernement de rendre les prix des médicaments moins onéreux et d’augmenter les prix des consultations. Finalement, je préfère que ce soit comme cela pour me permettre d’avoir un revenu légitime’, confie t-il. 

Mais pour nombre de médecins plus âgés, la perte des pots-de-vin ne pourra en aucun cas être compensée par les plans du gouvernement. ‘C’est la raison pour laquelle la plupart des médecins sont si réticent à accepter une réforme du système de santé’.

Illustration ChinaView