Une aide chinoise à double tranchant

La Chine, accédant en ce début de XXIéme siècle aux premiers rangs des puissances économiques mondiales, se prend au jeu des aides internationales. Non plus comme bénéficiaire, mais comme donatrice. La première réaction positive de la communauté internationale a rapidement inquiété. Car le philanthropisme à la chinoise soulève des questions sur les impacts de ces aides de plus en plus importantes.

En effet, l'aide chinoise cible souvent des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud qui tentent de mettre en place des systèmes politiques proches des démocraties modernes, luttent contre la corruption et défendent au mieux la liberté d'expression. Pourtant, l'aide de Pékin ne répond pas toujours à ces mêmes exigences de transparence et par conséquent, risque de faire pencher la balance politique de ces pays du côté obscur. Pékin procède ainsi pour exercer une plus grande influence sur ses régions du monde et, ce faisant, pourrait mettre en péril l'avancé démocratique des pays bénéficiaires. 

Jusqu'à présent, l'aide internationale tentait d'encourager les gouvernements à se montrer forts et responsables. Mais l'arrivée de la Chine en tant que bailleur de fonds incite les gouvernements bénéficiaires à faire fonctionner la concurrence et ainsi, remettre aux calendes grecques les mesures de transparence et de justice sociale qu'essaient de leur imposer les pays occidentaux en échange d'aides.

Le Cambodge utilise ainsi ce 'marché de l'aide' à présent concurrentiel à son avantage. Le premier ministre Hun Sen plutôt que de s'atteler à la réforme du système judiciaire réclamée par les autres puissances internationales, pourrait décider de se reposer sur l'aide chinoise. Car Pékin ne voit aucun inconvénient à ce qu'il limite l'expression de l'opposition et qu'il laisse la corruption gangrener le pays si les pays occidentaux persistaient dans leur demande. Ceux-ci sont donc condamnés à revoir leurs exigences s'ils ne veulent pas perdre le peu d'influence qui leur reste.
Alors que l'Occident envisageait des sanctions suite au massacre d'opposants au régime en Guinée, le pays signait avec la Chine un contrat de 7 milliards de dollars. Une situation qui montre comment les investissements et autres accords commerciaux peuvent mettre en péril les luttes pour les Droits de l'Homme.

Par ailleurs, la Chine se targue d'accorder des aides sans réclamer de contreparties. Pourtant, ce sont souvent de nombreuses conditions d'attribution plus subtiles qui accompagnent les aides fournies par l'Empire du Milieu, notamment sur des questions de libertés d'expression ou de marche vers la démocratie. Pour preuve, le Népal qui a bénéficié d'une hausse de 50% de l'aide venue de Chine, a violemment réprimé des manifestations tibétaines. C'est aussi le cas du Cambodge qui, en décembre 2009, expulsait une vingtaine de Ouïgour vers la Chine et qui signait, trois jours plus tard avec Pékin, un accord de 1 milliard de dollars. D'autres pays plus ancrés dans un fonctionnement démocratique cèdent à la pression chinoise: en mars 2009, l'Afrique du Sud a ainsi refusé la présence du Dalaï Lama lors de la conférence sur la paix.

Mais l'influence chinoise se fait aussi ressentir dans le domaine économique, puisque Pékin cherche à s'imposer comme fournisseur unique sans que le pays bénéficiaire ne puisse lui opposer la moindre concurrence. En Namibie, les agences anti-corruption enquêtent actuellement sur une affaire liant une société chinoise dirigée par le fils du président chinois Hu Jintao, Hu Haifeng et un général de l'armée namibienne. Le général aurait reçu des pots de vins pour que l'équipement des aéroports en scanners de sécurité soit confié à des usines chinoises.

Les observateurs internationaux, tel Larry Diamond, fondateur du Journal of Democracy, s'inquiètent des effets négatifs de cette aide qui finissent par fragiliser l'avancée démocratique des pays bénéficiaires. Au cours des cinq dernières années, 57 d'entre eux régressaient sur cette voie alors que seulement 38 persévéraient. Malgré la mise en avant par Pékin des effets positifs, surtout d'un point de vue économique, les aides chinoises aux conditions d'attributions souvent opaques et risquent de ralentir l'avancée de la démocratie et des Droits de l'Homme dans les pays bénéficiaires, voire même de l'inverser.

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