Vendredi 10 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE
La première édition du Festival du Cinéma de la Francophonie, organisé par le Centre Culturel et les Alliances Françaises de Chine, a placé les couleurs de l’Afrique sous les projecteurs. Films, conférences et rencontres avec le public chinois francophone, qui touche souvent pour la première fois, aux douceurs cinématographiques du continent.
C’est aux côtés du chercheur et professeur de cinéma Zhang Xianmin que Férid Boughédir, réalisateur et professeur à Tunis et Mansour Sora Wade, réalisateur Sénégalais, ont expliqué l’histoire et les dangers qui pèsent aujourd’hui sur ce cinéma riche en culture et haut en couleurs. ‘Le cinéma Africain va mal, très mal même’, entame Mansour. ‘Normal que vous n’ayez pas vu de films Africains, il n’y en a pas’, renchéri Férid.
A l’origine du problème : un financement français qui ne sponsorise que le cinéma d’auteur, des salles envahis par les mégas productions américaines et des gouvernements qui ont souvent des problèmes plus important à gérer. ‘Tout est lié, renchéri Férid. ‘Le cinéma africain n’a pas beaucoup d’argent. Quand un film est produit, il n’y a pas assez de salles pour faire une marge. Comme le marché est insuffisant, il n’y a pas assez de moyens pour faire un autre film. Le cinéma africain est une tête sans corps’, déclare t-il avant de laisser sortir un petit rire typique. Les cinéastes africains sont prêts mais le marché ne suit pas.
Bien sûr, le financement de l’Etat français, fort de sa tradition de promotion et de défense de la diversité culturelle, est apprécié par les réalisateurs africains. Mais tous considèrent cela comme honteux et souhaiteraient que le cinéma africain soit produit par les Africains avec les Africains. Car même si la France ne fait aucune ingérence dans la production, son implication semble réveiller de vieilles plaies.
Localement aussi, la privatisation des salles de cinéma par la Banque Mondiale dans les années 1980, a ‘signé la mort du cinéma africain’, estime Mansour. En effet, à cette époque, les salles ont été vendues par les Etats à des sociétés privées qui les louent aujourd’hui à des sectes ou les ont transformés en centres commerciaux.
L’Union des Cinéastes Africains, un groupe de cinéastes dont le but est de faire pression sur les gouvernements pour le maintien de la culture cinématographique du continent, se désintègre dans les années 1970. Pourtant l’idée était bonne : coproduire des films au financement entièrement Africain. Ainsi le ‘Camp de Thiaroye’ du cinéaste sénégalais Ousmane Sembene est produit par le Sénégal, la Tunisie et l’Algérie. Un rêve qui n’aura été que de courte durée.
Mais la présence de Férid et Mansour en Chine fait foi de la lutte des cinéastes Africains contre la vente à bas prix de leurs œuvres à des sites Internet et pour une reconnaissance globale de leurs films. Les festivals de Carthage en Tunisie et le Festpaco au Burkina Faso, récompensent ainsi les meilleurs films africains. Une collaboration concrète entre les pays du Maghreb et ceux d’Afrique noires qui pourrait être salvateur pour l’industrie cinématographique africaine.