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Vendredi 10 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE

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19/03/2010
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Les 'églises à domicile' en vogue à Pékin

PAR Bénédicte Franchel

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Depuis longtemps pourchassé par les autorités, les ‘églises à domiciles’, aussi connues sous le nom d’églises souterraines, sont aujourd’hui en forte expansion dans la capitale chinoise. Une nouvelle tendance qui montre un regain de croyance au sein de la population qui remplie les églises officielles ou non de Pékin mais que les autorités ont encore du mal à accepter. 

La ville de Pékin compte plus de 50 000 pratiquants ‘enregistrés’ pour 17 églises officielles gérées par l’Association Patriotique des catholiques, soit environ une église pour 3 000 chrétiens, selon une étude sur la chrétienté chinoise menée en 2008 par Duan Qi et Tang Xiaofei de l’Institut des Religions du Monde. 

Trop de membres, pas assez d’églises officielles. Pour beaucoup de Chrétiens, les ‘églises à domicile’ sont surtout le moyen d’accéder à une congrégation plus restreinte. ‘Lorsque la congrégation est plus petite, comme c’est le cas dans la plupart des ‘églises à domicile’ il est plus facile de développer un rapport proche avec les autres’, explique Abel Li, manager d’une société de technologie qui accepte de parler sous couvert d’un semi anonymat. 

‘La congrégation de mon église compte 300 membres, c’est idéal pour moi’, continue t-elle, ‘dans une petite congrégation comme celle là, j’ai l’opportunité de communiquer et de construire de vrais relations avec les autres avant et après les services. Nous avons même des associations pour ceux qui ont des choses en commun, le travail par exemple’. 

Selon l’étude académique, un autre facteur expliquerait l’augmentation croissante du nombre des églises à domiciles : une plus grande tolérance des autorités à leur égard. ‘Les autorités ont une attitude plus ouverte à la discussion et au débat sur les églises à domicile’, affirme Cao Zhongjing, expert à l’Académie des Sciences Sociales. 

Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Les églises officielles, principalement situées dans les villes, n’étaient pas accessibles aux paysans. Dans les années 50 à 60, de nombreux prêtres ont ainsi été poussés à ouvrir des ‘églises à domicile’. Bien que formés par l’Association Patriotique des catholiques, le lien entre les autorités politiques et religieuses chinoises, les églises souterraines étaient taxés de ‘secte hérétique’ et ses membres étaient taxés de persécutés, de la même façon que les autres cultes qui ne sont pas reconnues par le parti communiste. 

 Aujourd’hui, les églises souterraines non officielles, sont devenus le berceau des chrétiens refusant de se soumettre aux directives de l’association. Car les différences sont notables. Les prêtes et évêques de l’église officielle sont nommées par l’association, et indirectement le Parti communiste ; elle ne reconnaît pas l’autorité du Pape et c’est le Parti Communiste décide de ce qui peut être prêché. 

Dans la réalité, les autorités acceptent plus ou moins, selon les régions, la présence des églises souterraines qui opèrent dans une zone grise. ‘Il n’y a actuellement pas de loi qui reconnaît la légitimité des églises à domicile en Chine’, explique Yang Fenggang, directeur du Centre sur les Religions dans la Société Chinoise basé aux Etats-Unis. 

‘Certaines églises à domicile ont déjà tenté de s’enregistrer officiellement auprès des autorités mais leurs dossiers ont été rejetés pour la simple raison que leurs prêtres n’ont pas été formé sous la théorie de l’association’, explique un employé d’une église officielle qui a souhaité rester anonyme’, ajoute Yang. ‘Le chemin vers une reconnaissance officielle sera encore long’, car n’est pas chrétien qui le souhaite : professeurs d’écoles, agents de police, soldats, enfants et adolescents sont interdit d’accès à la croyance. 

L’apparente acceptation des autorités est également sujette au débat. Car même si les membres des églises souterraines ne sont plus persécutés, leurs ‘leaders’ clamant que ‘ce n’est pas le gouvernement qui est à la tête de l’Eglise, mais Dieu’ sont encore la cible des autorités. 

En 2004, le frère Liu Fenggang a été condamnés à trois ans de prison pour avoir rapporté des cas de destruction d’églises à domicile à des organisations chrétiennes à l’étranger. A sa libération, Liu est assigné à résidence. En 1995, Frère Liu avait déjà passé deux en camps de rééducation en raison de son travail au sein de l’église souterraine. 

Plus récemment, en 2008, à l’aube des Jeux Olympiques à Pékin, les autorités ont exigé des pasteurs et prêtres de l’église souterraine à Pékin de signer un document leur interdisant toute activité religieuse au court des Jeux : ‘les églises souterraines doivent s’abstenir d’organiser des rassemblements illégaux, doivent refuser les dons, les sermons et les prêches d’organisations religieuses étrangères’, indiquait l’Association d’Aide de Chine, un groupe religieux de défenses des droits. 

Il est impossible de connaître le nombre exact de membres des églises souterraines, catholiques ou protestantes. Mais malgré l’apparente relaxe des autorités à leur égard, la réalité est encore différente. Un nouvel affront aux libertés individuelles auquel Pékin devra répondre.

Illustration China Daily




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