Du vélo à la voiture : résurrection de la Petite Reine à Pékin ?
Nuage de pollution, ciel gris et embouteillages. Voici le lot quotidien de quelques 5 millions de conducteurs. Pékin compte actuellement 4 millions de véhicules, un chiffre en continuelle augmentation. La ville de Pékin s’engage dans la lutte contre le réchauffement climatique : d’ici 2012, 420 kms de métro seront en service et le nombre de voies pour les bus publics seront multipliés. Mais la ville aimerait aussi convaincre ses résidents à reprendre la route…à vélo.
Chaque matin, Bian Ce enfourche son vélo pour rejoindre la station de métro la plus proche. Une initiative que Pékin salue et espère développer d’ici 2012 avec la mise en place d’un plan de résurrection de la petite Reine. Le Plan d’Action Verte fournira ainsi un réseau de 500 échoppes et 20 000 vélos en location à travers la capitale avec deux objectifs : lutter contre la pollution et les embouteillages.
Car en une génération seulement, la capitale mondiale du vélo a laissé tombé la bicyclette en faveur de la voiture. Signe de modernisation économique des gens ordinaires, la voiture est aujourd’hui le moyen le plus pratique pour les millions de pékinois relogés dans la banlieue de la capitale pour se rendre sur leur lieu de travail.
Mais Pékin est aujourd’hui confronté aux conséquences de l’explosion du marché automobile : embouteillages monstres sur les artères principales une grande partie de la journée et ciel gris en quasi permanence. La situation n’est pas facile pour les 17 millions de résidents et de visiteurs.
Sur le papier, le nouveau plan de réinsertion du vélo pourrait résoudre de nombreux problèmes : en dehors de la décongestion des routes et de la réduction des émissions de gaz polluants, de nombreux enthousiastes ajoutent qu’ils préfèrent louer un vélo que de l’acheter. Un vélo neuf coûte environ 200 yuans (20 euros) à Pékin mais il est surtout la cible préféré des voleurs.
Le réseau de location de vélos permettra ainsi aux passagers des transports en commun de se déplacer plus systématiquement en deux roues, même lorsqu’ils ne sont pas résidents dans le cœur de la capitale, et de les déposer aux quatre coins de la ville. Pour d’autres, le nouveau système serait également un moyen de résoudre le problème grandissant de l’obésité des jeunes générations.
Les sociétés privées qui gèrent les 100 échoppes de location de vélos mises en place au moment des Jeux Olympiques, accueillent avec un optimisme modéré le nouveau plan de location de vélos. Wang Yong, propriétaire et président de Bicycle Rental, l’une des sociétés les plus importantes du secteur estime que ‘pour le moment cela reste un plan. Le gouvernement n’a pas annoncé de mesures concrètent pour venir en aide aux sociétés de location’.
Car dans le monde, les modèles à succès sont invariablement financés par les gouvernements. L’initiative parisienne du Vélib, dont les médias chinois font souvent l’éloge, est financée par les contribuables français. En Chine, le schéma de location de vélo le plus prospère se trouve dans la ville de Hangzhou (8 millions d’habitants) et aurait coûté 100 millions de yuans au gouvernement local.
Développement économique et changement des styles de vie sont à l’origine de la disparition de la petite reine dans les rues de la capitale, une tendance que les autorités de Pékin semblent vouloir inverser. Mais avec un marché automobile en plein boom, ce n’est pas seulement l’aspect pratique qui incite les Chinois à acheter une voiture, mais surtout l’image de luxe qui lui est liée. Il semble que Pékin a beaucoup plus à faire pour éduquer les pékinois.