La presse chinoise appelle a une réforme du système de hukou : son auteur est licencié

Alors que le Congrès National du Peuple vient de lancer sa rencontre annuelle à Pékin, le destin du directeur éditorial du journal The Economic Observer est scellé. Celui ci est à l’origine d’un éditorial exhortant les autorités à réformer le système de hukou mis en place à l’époque Maoïste. 

Selon le journal hongkongais Ming Pao, Liu Jian, éditeur en chef du journal pékinois The Economic Observer à l’origine de l’éditorial commun aurait reçu un ‘avertissement sérieux’ tandis que son collègue, directeur éditorial du journal, aurait été licencié. Les autorités auraient indiqué que les nouvelles sociales devaient être d’abord publiés par l’agence de presse étatique Xinhua, et ne devait pas être négatives. 

L’éditorial, publié par treize journaux métropolitains de onze provinces, parmi lesquels The Economic Observer à Pékin, le Chongqing Times, The Southern Metropolitan News dans le Guangdong, le Inner Mongolia Morning News et le Dahe Daily dans le Henan, appelait le gouvernement à réformer en profondeur le système de hukou. 

Un effort conjoint volontaire de la part des journaux nationaux, mais encore trop peu fréquent. Selon Cao Xiaohong, éditeur en chef adjoint au Inner Mongolia Morning News, ‘l’éditorial conjoint a été proposé par The Economic Observer il y a deux mois, nous nous y sommes associés parce que nous pensons que c’est significatif pour notre pays’, a t-il expliqué au South China Morning Post. Malgré les répercussions possibles, il est probable que les médias nationaux aient recours plus fréquemment à ce type de méthode dans le futur. 

Mis en place en 1958, le système de hukou est un équivalent restrictif du livret de famille, une manière pour le gouvernement central d’enregistrer les résidents d’une part, mais surtout de contrôler le flot de population des campagnes vers les villes d’autre part. Le hukou assigne chaque citoyen chinois à son lieu de naissance et lui empêche notamment de travailler ailleurs. 

Mais alors que le pays continue de se développer, c’est l’inquiétude qui règne à présent sur les bienfaits du système. Selon l’éditorial conjoint, le système de hukou serait notamment à l’origine de la forte disparité entre les zones rurales et urbaines et le berceau de la vente illégale de permis de résidents dans les métropoles. 

‘Le peuple chinois souffre du système de hukou depuis longtemps’, indiquait l’éditorial. ‘Nous pensons que les Hommes naissent libre et avec le droit de migrer…Nous publions ensemble cet éditorial et demandons aux représentants du CNP (Congrès National du Peuple, ndlr) de faire bon usage de leur pouvoir politique pour pousser les autorités à lancer une réforme dans le but d’abolir le système dépassé du hukou’. 

Les Chinois des zones rurales se plaignent des contraintes liées au système de hukou qui aurait bloqué des réunions de familles et empêché de nombreuses opportunités professionnelles. Les personnes sans hukou de la ville sont souvent traitées comme des citoyens de seconde classe, même après y avoir travaillé de nombreuses années. 

‘J’ai tout fait pour perdre mon accent campagnard et pour m’intégrer mais il y en a toujours qui finissent par me repérer et me prendre de haut’, explique Li Peizhen, originaire de l’Anhui et titulaire d’un permit de résidence pour Pékin où elle travaille depuis près de dix ans. 

L’éditorial, qui avait disparu de la toile en l’espace de quelques heures, laisse cependant entrevoir les tensions qui se cachent derrière l’événement politique le plus important de Chine, le Congrès National du Peuple. La rencontre tente de projeter une image d’unité mais elle est surtout l’opportunité d’appeler au changement.