Obama rencontrera le Dalaï Lama : nouvel affront pour Pékin

C’est dans une climat déjà profondément conflictuel entre Pékin et Washington que la Maison Blanche a fait connaître la ferme intention du président américain Barack Obama de rencontrer, dans le courant du mois de février, le chef spirituel tibétain. Une rencontre à laquelle les autorités chinoises s’opposent fermement. 

Barack Obama avait pourtant tenté de faire les choses bien. En octobre, malgré les critiques de la classe politique américaine, il n'avait pas rencontré le Dalaï Lama afin d’éviter de brouiller les relations avec Pékin à quelques semaines de sa tournée chinoise. En abordant la question tibétaine avec les leaders chinois en novembre, Obama avait pourtant prévenu qu'une rencontre aurait lieu. 

‘Le président a dit aux dirigeants chinois lors de son voyage (à Pékin) l’année dernière qu’il rencontrerait le Dalaï Lama, et c’est ce qu’il a l’intention de faire’, a expliqué le porte-parole Bill Burton en marge d’un déplacement du président aux Etats-Unis. ‘Le Dalaï Lama est une figure religieuse et culturelle respectée dans le monde entier et c’est à ce titre que le président va le rencontrer’, a précisé Burton. 

Quelques heures plus tôt, le Ministère chinois des Affaires Etrangères publiait sur son site Internet un communiqué rappelant son opposition à quelque rencontre entre le leader américain et le Dalaï Lama. ‘Nous poussons les Etats-Unis à prendre conscience de la forte sensibilité de la question tibétaine et de manipuler le sujet avec prudence afin d’éviter de causer davantage de dégâts aux relations sino-américaines’. 

Mais pour les Etats-Unis, hors de question de snober le chef spirituel tibétain. ‘Pour être clair’, a expliqué Burton, ‘les Etats-Unis considèrent le Tibet comme une part intégrante de la Chine’, avant d'ajouter : ‘nous sommes inquiets, sur le plan des droits de l’homme, de la façon dont les Tibétains sont traités. Nous pressons le gouvernement chinois à protéger les traditions culturelles et religieuses uniques du Tibet’. 

Pour Pékin, cette rencontre est perçue comme un nouvel affront. ‘Si le leader américain choisit de rencontrer le Dalaï Lama, cela mettra en danger la confiance et la coopération entre la Chine et les Etats-Unis’, a expliqué Zhu Weiqun, vice ministre du Département du Front Uni du Travail du Parti Communiste. ’Nous nous opposons à toutes les tentatives des forces étrangères d’interférer dans les affaires internes à la Chine et d’utiliser le Dalaï Lama comme excuse’. 

La rencontre entre Obama et le Dalaï Lama, que la Chine considère comme un ‘séparatiste’, ‘porterait sérieusement atteinte à la confiance et à la coopération entre nos deux pays. Comment cela pourrait-il aider les Etats-Unis à surmonter la crise économique actuelle ?’. Menace de réprimandes ou non, les autorités chinoises ont fait savoir en début de semaine qu’elles envisageaient de sanctionner les entreprises américaines impliquées dans la vente d’armes à Taïwan. 

Burton a pourtant réitéré l’intention d’Obama de ‘construire une relation positive, coopérative et d’entente avec la Chine’. Pourtant les deux pays vivent des heures diplomatiques difficiles, s’opposant sur un grand nombre de sujets allant de la censure sur Internet au protectionnisme et au contrôle de la monnaie. La rencontre entre le Dalaï Lama et Barack Obama vient amplifier les mésententes entre les deux pays sur une question que la Chine considère inexploitable.