L'activiste du 'Terminal' rentrera en Chine

Il a été comparé au personnage de Steven Spielberg dans Le Terminal par les médias du monde entier. Feng Zhenghu n’avait pourtant jamais entendu parlé du film hollywoodien. Mais contrairement au personnage joué par Tom Hanks, Feng a choisi de ne pas entrer sur le territoire japonais pour une raison simple : il veut rentrer chez lui, en Chine. Mais depuis près de trois mois, les autorités chinoises lui ont interdit l’accès au territoire communiste. Un calvaire qui touche bientôt à sa fin. 

Depuis le mois de juin, Feng a tenté de rentrer chez lui huit fois, sans succès. Les compagnies aériennes elles même lui refusaient l’accès à bord de leurs avions, arguant les ordres des autorités chinoises. A sa dernière tentative, le 3 novembre dernier, il a pu arriver à l’aéroport de Shanghai où il s’est vu repoussé énergiquement par les autorités chinoises. 

Malgré un passeport chinois valide et un visa japonais, Feng a alors décidé de mener une protestation silencieuse et pacifique au sein de l’aéroport Narita. Au mois de novembre, il a indiqué au reporters : ‘je veux secouer le gouvernement chinois sur le sujet des droits de l’homme par le biais de ma souffrance physique et de mon humiliation personnelle, mais je veux aussi que le monde sache que nous devons nous battre pour nos propres droits’. 

Lundi, l’homme de 55 ans a enfin obtenu l’autorisation de rentrer en Chine. ‘Depuis le mois de novembre, les officiels de l’ambassade de Chine sont venus me rendre visite à l’aéroport et nous avons discuté de mon statut’, a-t-il expliqué, ‘il semble que les autorités chinoises ont décidé de me laisser rentrer à la maison’. 

Feng va donc entrer sur le territoire japonais pour ‘se refaire une santé’ avant de rentrer chez lui. ‘ J’ai décidé de rentrer en Chine avant le Nouvel An’, le 14 février. ‘Je crois que la prochaine fois, je pourrait rentrer chez moi’, a expliqué Feng sans élaborer. Il n’a cependant pas indiqué si les diplomates lui avaient donné de garantie indiquant simplement : ‘en tant que citoyen chinois, j’ai un droit de rentrer chez moi’. 

Économiste devenu auteur et bloggeur pour la défense des droits de l’homme, autodidacte, Feng est considéré par Amnesty International comme un acteur d’importance dans la lutte pour les libertés en Chine. 

En 1989, il supporte ouvertement le mouvement pro démocratique étudiant sur la place Tian’anmen, ce qui lui vaut de premières remontrances. Après quelques années d’études au Japon dans les années 1990, il rentre en Chine où il est condamné en 2000 à trois ans de prison pour ‘activités professionnelles illégales’. A sa sortie de prison, il étudie par lui même le droit et offre des conseils légaux aux défavorisés. 

Considéré comme un faiseur de troubles aux yeux des autorités locales Feng est pressé de quitter le pays à quelques semaines du 20ème anniversaire de Tian’anmen avant de réaliser que le gouvernement a utilisé cette date sensible pour le forcer à l’exile. 

Dans son film, Spielberg raconte l’histoire vraie d’un homme qui se voit interdire l’entrée sur le continent américain après que son pays ait été rayé de la carte suite à un coup et se retrouve coincé dans l’aéroport JFK à New York ‘J’ai l’impression que ma vie est beaucoup plus difficile que celle du personnage’ a indiqué l’activiste à CBS News, ‘le film est une comédie romantique et mon histoire est une tragédie’. ‘Ma vie ici a été très difficile, je pense que j’en ai assez fait’. 

Illustration Dai Kurokawa/EPA