Quatre cadres du Parti sollicitent la libération de Liu Xiaobo

Selon un article publié sur le quotidien hongkongais, China Morning Post, quatre cadres haut placés du Parti Communiste, reconnus pour leurs ‘idées libérales’, appellent aujourd’hui à la libération de Liu Xiaobo, intellectuel condamné en décembre à 11 ans de prison sous le commode sceau de ‘subversion de l’Etat’. 

Adressé aux ‘leaders du gouvernement et du Parti à qui il incombe’, les quatre exhortent les autorités à reconsidérer le verdict décidé contre Liu. ‘Ces quatre cadres haut placés sont depuis plusieurs années une force aux idées progressistes au sein du Parti’, a indique Patrick Book, vice-président du Centre Indépendant Chinois PEN, qui a publié le courrier sur son site Internet. ‘Ils ont toujours été de fervents défenseurs d’une réforme politique en Chine’. 

Bien que la lettre n’appelait pas spécifiquement à la libération de Liu, He Fang, l’un des cadres signataires, également membre d’honneur du comité académique de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales, est direct quand au but de la lettre : ‘Pour inverser le verdict, pour déclarer Liu non coupable et pour le libérer’, a t-il indiqué au China Morning Post dans une interview téléphonique avant d’ajouter ‘mais aussi pour protéger la constitution et les droits à la liberté d’expression’. 

La lettre ouverte a été rédigée par Hu Jiwei, ancien chef du journal People’s Daily, porte-voix gouvernemental, Li Pu, ancien adjoint en chef de l’agence étatique Xinhua et Dai Huang, ancien reporter en chef de la même agence. Leur âge, entre 80 et 90 ans, pourrait leurs garantir un certain degré de protection contre le harcèlement. Ils étaient tous indisponibles pour commenter mais une femme qui a répondu au téléphone de Li a précisé qu’il avait signé la lettre parce que les autres le lui avaient demandé. 

Pour les signataires, la preuve principale contre Liu a été son appel à l’établissement d’une ‘république fédérale’, qui selon eux, est un terme de ‘slogan correct’, utilisé dans les premières années du Parti Communiste Chinois. ‘Si le juge viole la constitution et n’a pas de connaissance de l’histoire du parti….et fait des accusations fausses et incorrectes qui peuvent sérieusement ternir l’image du pays et du parti, il est difficile de prouver que la Chine est un état de droit qui préserve une société harmonieuse’, ont-ils écrit. 

Liu a été l’instigateur d’un appel à la libéralisation politique de la Chine, baptisée la Charte 08 et signée par plus de 300 personnes, parmi lesquels des intellectuels renommés. Pour beaucoup de groupes de défense des droits de l’homme, la dureté de sa sentence est surtout un avertissement aux autres personnes susceptibles de s'opposer à la loi du parti unique du pays. 

Qui est Liu Xiaobo ? Par Du Liming 

Ses démonstrations pacifiques contre le Parti Communiste et le système légal chinois, destinées à la promotion de la démocratie en Chine ont fait de lui la bête noire du gouvernement. 

Professeur à l’Université Normale supérieure, écrivain et critique littéraire, il a obtenu au cours des dernières années, le support d’organisations internationales pour la démocratie et pour la défense des droits de l’homme, ainsi que la reconnaissance des dissidents chinois à l’étranger. Mais son dernier acte en date aurait été trop loin et particulièrement gêné le gouvernement. 

Il y un an, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Internationale des Droits de l’Homme, 303 intellectuels chinois se sont unis sous la Charte 08 : un manifeste démocratique inspiré de la Charte 77 en Tchécoslovaquie. Celle ci demandait 19 changements de la Constitution chinoise pour garantir plus de droits humains dans le pays, la fin d’un état uni partite et une vaste réforme politique. 

Co-auteur de la Charte, Liu Xiaobo a été accusé d’en avoir fait la promotion et a été arrêté le 23 juin 2009, avant que celle ci puisse être mise en ligne. Un an plus tard, au cours de la journée Internationale des Droits de l’Homme, les autorités chinoises annonçaient le début de son procès pour ‘suspicion de subversion de l’Etat’, qui selon le code criminel chinois, est passible de 15 ans de prison. 

Et ce n’est pas la première fois que Liu fait face aux autorités judiciaires. En 1989, Liu a joué un rôle crucial dans la propagation du mouvement pro démocratique et lancé une grève de la faim avec les étudiants sur la place Tian’anmen. Il a été condamné à 21 mois de prison. En 1996, pour avoir critiqué ouvertement le Parti Communiste et appelé les autorités à reprendre le dialogue avec le Dalaï Lama, il a passé trois ans dans un camp de rééducation par le travail et a été assigné à résidence pendant près de huit mois. Le 25 décembre 2009, après trois heures de procès au cours duquel la défense n’a pas été autorisée à présenter de preuves ni à témoigner, Liu était condamné à 11 ans de prison et privé pendant deux ans de ses droits politiques. 

La Charte 08 et les sites Internet qui l’ont publiée ont été censurés en Chine avant même sa sortie officielle, pourtant, plus de 10 000 internautes se sont joints à la cause. Liu est le seul à avoir été directement emprisonné pour ces faits. 

Pour lire la Charte 08 en anglais