Surveillance accrue des dissidents autour de l'anniversaire de la mort de Zhao Ziyang

Ils étaient nombreux, dissidents et civils, à souhaiter se rendre ce weekend à l’ancienne résidence de Zhao Ziyang, politicien de haut rang déchu par le Parti, en l’honneur du 5ème anniversaire de sa mort. Mais Pékin a renforcé les mesures de sécurité et de surveillance autour des dissidents et activistes de la capitale. Cette année, la visite commémorative à la résidence de Zhao était strictement interdite par les autorités. 

Ding Zilin, l’une des fondatrices des Mères de Tian’anmen, un groupe de parents ayant perdu leur enfant au cours de la répression estudiantine de 1989, a indiqué que les autorités étaient venues par deux fois lui rappeler l’interdiction, par téléphone et en personne. Elle a précisé qu’une douzaine de policiers en civil du Bureau de la Sécurité Publique et des officiers du Bureau National de la Sécurité assuraient une surveillance permanente du couple. ‘Il y a deux groupes. L’un d’entre eux se tient en bas de mon immeuble, l’autre garde l’entrée de la résidence’, a précisé le professeur à la retraite. 

Ding, qui a perdu son fils de 17 ans sur la célèbre place, a expliqué avoir envoyé des cadeaux et une lettre afin de compenser son absence cette année. ‘Ils peuvent nous empêcher de sortir de chez nous et ils peuvent certainement s’assurer qu’aucun membre des Mères de Tian’anmen se rendent à la résidence de Zhao aujourd’hui, mais ils ne peuvent pas nous empêcher de l’honorer avec notre cœur’, a t-elle confiée. 

Parmi la longue liste de dissidents ayant reçu le même type d’avertissement, se trouve Zhan Xianling, une autre Mère de Tian’anmen, Bao Tong, premier assistant de Zhao et Chen Ziming, intellectuel surnommé ‘la main noire’ ou ‘le sinistre conspirateur’ par le gouvernement. 

Homme politique de haut rang, Zhao Ziyang a assuré le rôle de premier ministre entre 1980 et 1987 et celui de Secrétaire Général du Parti Communiste de 1987 à 1989. Ses idées réformistes, notamment pour la séparation du Parti et de l’Etat et pour une économie de marché, ainsi que sa solidarité à l’égard des étudiants en 1989, lui avait fait perdre, à l’issue du mouvement de répression, la totalité de ses droits politiques. Il est décédé à Pékin en 2005, après 15 ans d’assignation à résidence, sans bénéficier des rites funéraires généralement accordés aux officiels de haut rang. 

Malgré les tentatives de Pékin de mettre un frein aux condoléances publiques de l’ancien réformateur du Parti, l’opinion dissidente a tout de même remporté une victoire : un livre écrit par un allié proche de Zhao a été publié à Hong Kong il y a dix jours. Dans celui-ci, l’ancien chef du Parti attribue l’obstruction d’une réforme politique naissante à ses successeurs, ajoutant que la répression a mené la Chine sur le chemin de la corruption.