Samedi 31 Juillet 2010ÉDITION FRANçAISE
Depuis fin décembre, les abonnées aux réseaux téléphoniques chinois, China Mobile et China Unicom, n’ont qu’à bien se tenir ! Une politique nationale de chasse contre les messages et les photos jugés porno résulte en un arrêt complet du service de message. Un pratique nouvelle, selon les autorités mais qui dans la réalité, existe depuis plusieurs années.
La campagne nationale lancée par le Bureau National Contre la Pornographie et celui de lutte Contre les Publications Illégales, conjointement avec huit ministères, parmi lesquels le Ministère de la Sécurité Publique, a commencé fin décembre et doit se poursuivre jusqu’à la fin mai. Son but serait de mettre un terme à la pornographie sur les réseaux mobiles, et par extension dans tout le pays. Un contrôle de grande envergure quand on considère que le nombre moyen de message envoyés par jour sur le réseau China Mobile serait de l’ordre de 1.8 milliards.
A Dongguan, une ville industrielle de la province du Guangdong dans le sud de la Chine, un homme surnommé Zhang, n’a plus été en mesure d’envoyer ni de recevoir de message en l’espace de quelques heures, a rapporté le Nanfang Daily. Pour le service client de China Mobile, auprès duquel il est abonné, il n’y a aucun doute : Mr. Zhang aurait reçu un message ‘porno’, supprimé par la société avant que l’intéressé ai pu le lire. S’il le souhaite, Mr. Zhang peut se rendre au bureau local de la Sécurité Public, munis de sa carte d’identité et d’une lettre garantissant qu’il ne recommencera pas.
Au service client de China Mobile à Pékin, un employé nit que les messages soient contrôlés. ‘Nous aidons simplement à gérer les plaintes. Lorsque nous recevons des dénonciations, nous contrôlons l’utilisateur et nous bloquons le service de messages si les plaintes sont justifiées’, explique t-il. Plus tard il ajoute cependant qu’un telle pratique existe depuis des années, confiant même que le numéro spécial qui a été créé a cet effet reçoit des milliers d’appels chaque jour pour rapporter des violations.
La nouvelle politique n’a donc pas reçu l’approbation du public qui se dit inquiet de voir leur vie privée envahit par des yeux et des oreilles gouvernementales. ‘Je ne pense pas que ce soit un choix judicieux’, explique Mr. Cao, résident à Pékin, ‘nous avons beaucoup de données privées sur notre téléphone portable. S’ils surveillent nos messages, rien ne nous dit que les informations personnelles sont protégées’. Dans le futur, Mr Cao indique qu’il pourrait penser plus sérieusement aux informations qu’il envoi par sms.
‘Certains messages intimes entre amoureux ou dans un couple peut aider à améliorer les sentiments romantiques’, estime Yang Gongmei, étudiant à l’Université des Etudes Internationales de Pékin. ‘De plus, les blagues coquines sont pour les adultes qui peuvent très bien les supprimer. Je ne vois pas en quoi elles constituent un danger pour la société’.
Alors que les Chinois défilent devant les bureaux de Google à Pékin dans l’espoir de dénoncer la censure exigée des autorités, un autre type de censure se trame sur le réseau mobile. De la pornographie aux critiques, il n'y a qu'un pas...
Illustration China Daily