Samedi 31 Juillet 2010ÉDITION FRANçAISE
Le géant de l’Internet Google a annoncé qu’il envisageait de mettre un terme à ses activités en Chine suite à une cyber attaque menée contre les comptes email de défenseurs reconnus des droits de l’homme chinois. Les activistes se réjouissent des menaces de Google, espérant qu’elles permettront d’ouvrir les yeux aux autres sociétés faisant des compromis pour avoir une place sur le marché chinois.
Sur son blog, David Drummond, vice président et directeur juridique de Google a expliqué : ‘le but principal des pirates était d’accéder aux comptes Gmail d’activistes de droits de l’homme Chinois’. Une enquête aurait par ailleurs révélé que les comptes de 20 sociétés dans un vaste nombre d’industries et ceux ‘de défenseurs des droits de l’homme en Chine’ basés aux Etats-Unis, en Chine et en Europe étaient ‘régulièrement infiltrés par des tiers’.
Les représentants de groupe se sont cependant abstenus d’accuser directement le gouvernement chinois, précisant simplement avoir remarqué ‘une attaque sophistiquée émanant de Chine’. Ils ont par ailleurs affirmé qu’ils n’étaient plus consentants à filtrer les résultats de recherche de leur site chinois, Google.cn, comme l’exige le gouvernement et indiqué qu’ils s’entretiendraient avec les autorités dans les prochaines semaines pour se mettre d’accord sur un moteur de recherche 'non censuré et dans les limites de la loi'.
‘Si, comme cela sera probablement le cas, le gouvernement refuse d’autoriser Google à opérer un service non censuré, alors la société se retira. Les autres sociétés étrangères opérant en Chine seront alors confrontées à une décision difficile’, estime l’analyste technologie de la BBC. ‘Il sera intéressant d’observer la manière dont les grosses sociétés américaines vont réagir’. Une décision difficile notamment pour Microsoft, dont l’investissement en Chine est plus que significatif.
Les activistes et les organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme en Chine se réjouissent de la prise de position de Google. ‘Certaines sociétés occidentales pensent qu’en faisant des compromis avec le régime communiste chinois, elles peuvent faire comme bon leur semble. Mais les autorités ne sont jamais satisfaites’, a indiqué Wei Jingsheng, dissident chinois exilé aux Etats-Unis après avoir passé 18 ans en prison en Chine.
Arvind Ganesan de l’ONG Human Rights Watch, a déclaré que Google ‘montre le bon exemple’ et exprimé son souhaite que d’autres sociétés et gouvernements prennent des dispositions pour protéger les droits de l’homme. ‘C’est extrêmement significatif étant donné les nuages de critiques qu’a dû supporter Google’, a expliqué Sharon Hom, directrice de Human Rights in China, faisant référence à la forte contestation à laquelle le géant a dû faire face lorsqu’il a lancé son site Google.cn en 2006, avec une notice qui précisait que certains résultats de recherche avaient été supprimés pour se conformer à la ‘loi locale’.
La décision de Google intervient alors que la Chine prend de plus en plus de mesures contre les protestataires et dissidents locaux par un contrôle accru d’Internet et une répression plus forte contre les activistes. L’année dernière, Pékin a fait installer un programme de filtrage sur tous les ordinateurs publics et bloque régulièrement les sites de réseaux sociaux et les blogs. Et le ‘Barrage Vert’, officiellement destiné à protéger les enfants contre la pornographie, serait en réalité un moyen de cibler les informations politiquement sensibles.