Samedi 31 Juillet 2010ÉDITION FRANçAISE
La Petite Reine, autrefois le moyen de transport privilégié des Chinois de toutes les classes sociales, est aujourd’hui en voie de disparition. Avec l’accroissement des richesses, beaucoup de Chinois s’offrent aujourd’hui une voiture, ou pour les moins fortunés, un e-bike : des vélos à moteurs alimentés à l’électricité et affublés de petites pédales pour les distinguer des motos. Très populaires depuis trois ou quatre ans, ils seront, à compter du 1er janvier 2010, soumis à une réglementation stricte.
La forte propagation des vélos électriques, tant pour une utilisation personnelle que professionnelle, a poussé le Bureau de la Standardisation à ressusciter une règle vieille de 10 ans. Elle implique que les e-bikes de plus de 40 kg ou capables d’aller à plus de 20 km/heure soient considérés comme des véhicules motorisés et à ce titre disposer de plaque d’immatriculation et d’une assurance.
Une semaine de débat public plus tard, ce n’est plus seulement la population qui s’inquiète des répercussions sur leur économie, transport de marchandises entre autres, mais aussi l’industrie du vélo électrique qui souhaiterait que consommateurs et constructeurs puissent avoir leur mot à dire sur les nouvelles lois gérant ce qu’ils ont le droit d’acheter et de produire. En réponse aux réclamations générales, l’administration a de nouveau publié les règles sur son site Internet, ajoutant simplement que la mise en application de la loi serait laissée libre aux gouvernements locaux.
Mais c’est l’aspect économique qui inquiète surtout l’industrie. ‘Pratiquement tous les fabricants de vélos électriques sont des sociétés privées’, a explique Gong Xiaoyan, directeur de l’Association de l’Industrie des e-bike à Tianjin, une ville portuaire à quelques centaines de kilomètres de Pékin, au 21st Century Business Herald. ‘Ce standard va pousser les petites et moyennes sociétés au bord de l’extinction’. Pour Hu Guang, porte-parole de Xinri E-Vehicle ce sont 2000 entreprises et 5 millions d’emplois qui seraient menacés par la nouvelle réglementation.
Pour d’autres, cette nouvelle règle pourrait être une aubaine pour la mise en place de nouveaux systèmes de transports écologiques. En effet, la fabrication et le rejet des volumineuses batteries rechargeables au plomb ont un prix pour l’environnement, a affirmé Robert Early qui travaille pour le Centre d’Energie et de Transport à Pékin, un groupe qui encourage le transport ‘vert’.
‘Les vélos électriques utilisent des batteries au plomb qui pèsent entre 4 et 5 kg chacune. Vous multipliez cela par 21 millions et cela fait beaucoup de plomb’, a t-il indiqué. ‘Je ne pense pas que la Chine ait l’infrastructure sociale pour gérer de telles règles. Mais cela pourrait être une manière de ralentir l’industrie en attendant que la technologie rattrape son retard’.
Un grand nombre de villes chinoises, y compris Pékin, interdisent ou limitent déjà officiellement depuis l’été 2008 la circulation aux motos, jugées ‘trop bruyantes et polluantes’ mais dans l’application, il suffit souvent d’un large sourire et d’un petit mensonge pour repartir sans encombre. Mais alors que les e-bikes sont utilisés sans casque, le nombre croissant d’accidents est devenu une source de préoccupation pour les autorités, résolues à en réglementer l’usage. Mais pour combien de temps ?