Le climat, les Chinois et les Organisations Non-Gouvernementales

S’il fallait déterminer un vainqueur dans la lutte contre le réchauffement climatique en Chine, les organisations non gouvernementales remporteraient le prix. Elles sont nombreuses, actives…mais pas toujours efficaces. 

Une plus grande conscience du public aux problèmes environnementaux a galvanisé les groupes environnementalistes chinois, qui, au cours des dernières années, ont pu faire entendre leur voix et pour certaines, présenter des recommandations au gouvernement. Une avancée importante pour le mouvement qui, il y a quelques années encore, ne recevait aucune attention des médias et était sévèrement limité par les autorités. 

Pour le docteur Liu Bin, chercheur à l’Université Tsinghua depuis les années 90 et membre de la délégation chinoise à Copenhague, l’attitude du public a réellement évolué. ‘Avant, c’était un problème scientifique confiné à un petit cercle académique mais c’est aujourd’hui l’un des sujets les plus importants de notre époque. Pourtant, ce n’est pas comme si le sujet ou les menaces avaient beaucoup changé : l’environnement politique international a changé et notre attitude à l’égard de cette question aussi’. Et le Sommet de Copenhague a permis d’accroitre la conscience du public. 

Une enquête menée par le China Youth Daily, le portail chinois Sohu.com et le British Council sur 20 000 personnes de moins de 35 ans, a révélé que les jeunes chinois ont pris conscience de l’importance du changement climatique. Les trois-quarts d’entre eux s’accordent à dire que la Chine a déjà souffert de l’impact du réchauffement climatique et plus de la moitié considère que le pire reste à venir. Quatre personnes sur cinq admettent que leur style de vie a contribué au réchauffement global et plus de 70 pour cent se disent prêts à prendre des actions pour réduire son impact, comme acheter des produits respectueux de l’environnement. 

Un autre signe de l’intérêt grandissant autour de la question climatique, le nombre d’ONG chinoises. En 2008, il en existait 410 000 agréées par le gouvernement, selon les chiffres du Ministère des Affaires Civiles. De plus, 50 médias chinois et des volontaires d’au moins 20 ONG ont fait le déplacement à Copenhague pour les deux semaines de conférence. Huang Jing, étudiante en droit de 24 ans, et l’une des représentantes sélectionnées par, l’ainsi nommée Délégation de la Jeunesse Chinoise, estime que ‘c’est une opportunité incroyable’. 

Pourtant, tout n’est pas rose. L’enquête menée par Sohu, le British Council et le China Youth Daily révèle que les Chinois ne sont pas prêts à faire des changements drastiques à leur style de vie. Bien que les campagnes de sensibilisation bénéficient d’un plus grand support, le manque de professionnalisme et de coordination des ONG les empêchent parfois d’acquérir un plus grand poids, estime le docteur Wang Ming, directeur du centre de recherche sur les ONG à l’Université Tsinghua. 

Contrairement à leurs homologues étrangers, les ONG chinoises ont peu de pouvoir pour influencer le gouvernement sur les sujets graves. ‘Elles ont un rôle important dans la société parce qu’elles représentent les intérêts du public, mais le changement climatique est un sujet très compliqué qui va plus loin que le thème de l’environnement, et c’est leur défi’, explique t-il. 

Yi Shui, vice directrice de China Dialogue, une publication en ligne centrée sur les questions environnementales, estime que beaucoup d’ONG ont une compréhension erronée de l’importance du changement climatique simplement parce qu’elles n’ont pas encore été témoin des conséquences extrêmes. ‘Beaucoup d’entre elles sont plus préoccupées par la pollution de l’air et de l’eau, qui se manifeste tous les jours à leur porte’, dit-elle. 

Bien que sept ONG aient commencé à coopérer sur un document proposant une série de recommandations destinées au gouvernement, Yi considère qu’il n’y a pas suffisamment d’indications sur les moyens de réduire les émissions de dioxyde de carbone. Ma, l’une des personnes impliquées dans l’écriture du rapport, explique le contraire : ‘le simple fait d’être investi dans la mise en place de politiques est un pas dans la bonne direction’. 

Et la fondatrice de l’ONG Friends of Nature, Liang Xiaoyan, est d’accord. ‘Nous devons faire attention au réchauffement climatique mais nous vivons encore avec un air et une eau pollués, de la nourriture contaminée et un nombre incalculable de déchets non traités, qui représentent un danger pour notre santé’, dit-elle. 

Pékin fait face à une forte pression internationale sur le thème du réchauffement climatique alors que les médias étrangers considèrent que la Chine est l’obstacle clé au succès d’un accord global au Sommet de Copenhague.