Vendredi 10 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE
Elles ne sont pas infirmières ni médecins, elles ne sont pas payées ni félicitées. Les animatrices de cette petite branche de Aizhixing, l'une des ONG chinoises les plus actives en matière de prise de conscience au virus, sont une poignée de simples femmes au foyer qui donnent de leur temps et de leur énergie pour l'éducation des gens de leurs quartiers au problème du Sida.
A l’occasion de la Journée Mondiale contre le SIDA, elles organisent dans le quartier de Haidian, dans le nord-ouest de la ville où elles ont ouvert boutique en 2007 dans une petite chambre d’hôtel, une petite campagne de distribution de préservatifs et de livrets d’informations. Pas plus, car leur activité dérange parfois les autorités locales.
C’est armées d’une banderole sur laquelle il est indiqué : ‘Opposez-vous à toutes les violences contre les femmes’ qu’elles abordent les passants, hommes et femmes, et leurs proposent de signer avant de leur remettre un petit paquet entouré d’un nœud rouge : un livret informatif, quelques préservatifs et des numéros utiles.
La tournée d’aujourd’hui se concentre autour du marché aux fruits et légumes. Peu importe que les passants soient mal à l’aise, les bénévoles ne leur laissent ni le temps ni la possibilité de dire non : ‘le SIDA concerne tout le monde’, explique l’une d’entre elle.
Une femme mûre, qui ne souhaite pas donner son nom, rit à gorge déployée quand elle se rend compte de quoi traite les papiers qu’elle a dans les mains : ‘c’est à propos de la maladie heureuse’. Et quand on lui demande pourquoi elle l’appelle comme ça elle explique : ‘c’est parce qu’on est heureux quand on l’attrape!’.
‘Même si beaucoup ont entendu parler de la maladie, ils ne comprennent pas toujours que cela les implique directement’, explique Wu. ‘Une femme m’a dit : personne dans ma famille n’a le SIDA, je n’ai donc aucune chance de l’attraper’. Et elle ajoute qu’elle a mis beaucoup de temps à lui faire comprendre les différents modes de transmission. 'Je suis déjà trop vieille, personne n'est intéressé donc je n'ai pas besoin de faire attention', affirme la femme d'âge mûr.
‘L’autre problème, c’est que les gens ne sont pas confiants dans les centres de dépistage’, explique Wu. L’attitude du personnel médical et l’accueil parfois désagréable ne mettent pas à l’aise ceux qui se décident à y aller. Pourtant, chaque quartier de la capitale compte quelques ‘CDC’, le nom donné à de tels centres.
Le quartier abrite aussi un grand nombre de ‘coiffeuses’, de celles qu’on peut payer pour un extra. Mais elles se félicitent des résultats obtenus : ‘Même les prostitués autour d’ici connaissent les risques du SIDA et peu importe combien le client est prêt à payer, elles savent qu’elles doivent se protéger’, explique l’une des bénévoles.
Mademoiselle Wu tente d’ailleurs de se faire sponsoriser par une société chinoise de préservatifs féminins : ‘on a expliqué aux prostituées que les clients n’ont pas besoin de savoir, il suffit de l’installer et voilà, elles sont protégées’.
Même si elles admettent que leur mission prend du temps, elles reconnaissent aussi l'importance et la valeur de leur travail : ‘Nous sommes obligées de revenir plusieurs fois, de réexpliquer les choses. Il y a tellement à faire’.