Les abus endémiques des 'prisons noires' chinoises
Le groupe Human Rights Watch a publié un rapport intitulé Une ruelle en Enfer, accusant la Chine de gérer des centres de détentions illégaux, appelés les ‘prisons noires’.
Selon le groupe de défense des droits de l’Homme, ces centres sont situés dans des hôtels d’état, des centres de soins ou des hôpitaux psychiatriques. Les détenus, des gens ordinaires qui se rendent à Pékin pour critiquer des injustices régionales, sont enlevés dans la rue par des policiers en civil et emmenés de force dans ces centres illégaux où ils sont séquestrés, parfois pendant plusieurs mois. Ils sont en général dépouillés de leurs possessions, battus et il ne leur est que rarement indiqué les raisons de leur détention.
‘J’ai demandé pourquoi j’était détenu et un groupe de gardes s’est approché, m’a frappé à coups de poings et de pieds et m’a dit qu’il voulait me tuer’, raconte un ancien détenu. ‘J’ai pleuré pour qu’on m’aide (…), à partir de ce moment là, je n’ai pas risqué de me faire à nouveau battre’.
Ces histoires brutales, Human Rights Watch en rapporte 38. Des pétitionnaires, des citoyens ayant voyagé jusqu’à Pékin pour déposer leur plainte au Bureau d’Etat des Lettres et des Appels, un département gouvernemental supposé aider les gens ordinaires à obtenir justice. Certains d’entre eux sont ‘cueillis’ dès leur arrivée dans la capitale.
Le rapport cite également un document rédigé par un gouvernement régional et qui fournit des précisions sur les fondations de la structure économique des prisons noires ainsi que les réprimandes sur les officiels locaux qui ‘faillissent à prendre des actions décisives lorsque des pétitionnaires de leur zone géographique cherchent des réparations légales auprès des capitales de provinces et Pékin’. Les administrateurs de ces prisons noires sont payés entre 150 et 200 yuans par détenu, un moyen d’inciter à recourir davantage à cette forme de détention illégale’, indique le rapport.
Pour Sophie Richardson, directrice Asie du soutien légal de Human Rights Watch, ‘l’existence de ces prisons noires au cœur de Pékin décrédibilise les annonces du gouvernement chinois sur l’amélioration de la situation des droits de l’Homme et du respect des lois’.
L’existence de ces prisons illégales a été révélée en 2003, lorsque certaines d’entre elles ont été fermées. Les médias internationaux, les groupes de défense des droits de l’Homme mais également les médias étatiques chinois, ont déjà documenté leur existence.
La semaine dernière, le China Daily rapportait le procès d’un garde d’une prison illégale accusé d’avoir violé une jeune détenue de 20 ans. Mais malgré cela, le porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères niait quelques jours plus tard, l’existence de tels centres : ‘Je peux vous assurer qu’il n’existe pas de prisons de ce type appelés les prisons noires en Chine’. Pressé sur ce sujet, il avait pourtant indiqué quelques minutes plus tard, qu’il ‘existait un tel problème’ mais qu’il était en cours de résolution.
Les prisons noires sont juste un aspect du système de détention chinois, largement critiqué hors de Chine et dans le pays. Le public dénonce quotidiennement les prisons et les centres de détentions, suite à une série de décès dans des conditions mystérieuses. Un problème que les autorités chinoises a cependant promis de régler.