Lundi 06 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, a comparé le système de servage au Tibet à celui de l’esclavage aux Etats-Unis, quelques jours avant l’arrivée du président Barack Obama en Chine. Une gaffe monumentale, un coup en traître de dernière minute ou une stratégie destinée a redéfinir la dispute sino-américaine à propos du Tibet ?
Quelques soient les motivations, la réponse ne devrait pas plaire à Pékin. Parmi les activistes et les commentateurs, la remarque a été qualifiée d’illogique et d’insensible. Mais pour la Chine, Obama, premier président américain noir et admirateur d’Abraham Lincoln, devrait apprécier l’analogie : là ou Lincoln a libéré les esclaves, la Chine a libéré le Tibet.
‘Le Dalai Lama était le chef d’un système de servage jusqu’en 1959 et quand le gouvernement chinois a aboli le système, cela a permis à la région de faire un grand pas avant dans la cause des droits de l’homme’, a affirmé Qin. ‘De la même manière que le président Lincoln a aboli l’esclavage aux Etats-Unis’.
Les mots de Qin ont mis à jour le large fossé qui existe entre l’occident et la Chine en ce qui concerne la situation du Tibet et la position du leader spirituel Bouddhiste. Pour les pays occidentaux, le Dalaï Lama est un homme de foi qui travaille sans relâche à promouvoir les droits et les libertés des Tibétains. Mais aux yeux des chinois, il est l’ancien serf du pays, le maître des esclaves et un séparatiste voilé.
Pour Shen Dingli, directeur du Centre d’Etudes Américaines à l’Université de Fudan à Shanghai, Qin a simplement utilisé une analogie historique familière aux Américains et à la résonnance particulière pour Obama. ‘L’occident est habitué à entendre les arguments du Dalai Lama et n’essayent même pas d’entendre les nôtres’, a t-il indiqué.
‘Nous espérons que le président Obama, plus que tout autre dignitaire étranger, puisse avoir une meilleure compréhension de la position de la Chine a protéger sa souveraineté nationale et l’intégrité de son territoire’, avait expliqué Qin.
Pour le Docteur Robert Barnett de l’Université de Columbia, cette déclaration est avant tout une tentative de Pékin de redéfinir le problème en termes chinois. La Chine aimerait que les Américains voient le Tibet au travers de leur loupe et en viennent à penser que la région, chinoise est simplement teintée de combats inter-ethniques. ‘Ils veulent que les Américains commencent à parler du Tibet comme une région en proie à de forts problèmes ethniques qui sont communs à presque tous les pays’.
Cependant, la comparaison d’un lien entre les décisions politiques du président américain et la couleur de sa peau, est apparue ouvertement insultant pour Obama. ‘C’est une insulte de la part du gouvernement chinois, autoritaire et qui n’a pas été élu, de suggérer qu’un démocrate comme Abraham Lincoln se serait rangé du côté de la Chine en dénigrant au peuple tibétain leurs droits fondamentaux pour déterminer leur propre futur’, a expliqué Stéphanie Brigden, directrice de la campagne Free Tibet.
La Maison Blanche n’a pas souhaité commenter la déclaration de Qin.