Vendredi 10 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE
Les pétitionnaires de Shenzhen pourraient dorénavant être envoyés dans des camps de travail s’ils ne respectent pas une nouvelle série de lois destinées à limiter les voies de dépôt de plaintes et punissant ceux qui persisteraient à se plaindre.
Les nouvelles mesures, largement critiquées, interviennent au moment où le gouvernement central exhorte les autorités locales du pays à garder une main de fer sur la gestion des troubles sociaux et à suivre plus attentivement les dissidents. Les nouvelles règles marquent également la fin des efforts de Shenzhen qui cultivait jusqu’alors l’image d’une ville leader économique et en avance sur les réformes sociales dans le pays.
Les nouvelles directives, publiées par les médias chinois hier, prennent pour cible tous ceux qui déposent des pétitions ou organisent des protestations ‘anormales’ ; ceux qui sont enregistrés deux fois reçoivent un avertissement verbal ; ceux qui ont un avertissement verbal seront placés en détention s’ils déposent une troisième réclamation ‘anormale’ ; et ceux qui ont été détenus sont envoyés dans un camp de travail pour une durée d’au moins trois ans s’ils récidivent.
La ville a identifié quatorze types de contestataires ‘anormaux’ parmi lesquels les gens qui ont voyagé à Pékin et pétitionné dans des zones politiques sensibles, ceux qui ont manifesté dans le centre ville sans autorisation officielle ou bloqué le trafic et, ceux qui ont chanté des slogans et distribué des prospectus au cours d’une manifestation. La loi inclut également les contestataires qui ‘ont troublé le travail des cadres’ et ceux qui ont ‘fait peur au public’, dans le cadre d’une tentative de suicide publique, par exemple.
Les régulations, qui ont pris effet le 3 novembre, ont été approuvées par la plus haute autorité de la ville, le Comité permanent du Parti communiste municipal.
A l’annonce de la nouvelle, les pétitionnaires de Shenzhen ont réagi brutalement. ‘Cela ne peut qu’irriter les gens’, a expliqué un résident de Shenzhen qui a souvent protesté à propos d’un différend immobilier. ‘Nous n’hésiterons pas à manifester de nouveau. Je donnerais ma vie pour défendre mes droits’. Le pétitionnaire, qui n’a pas souhaité donné son nom par crainte de représailles, a indiqué qu’il appartient à un groupe ayant manifesté à de nombreuses reprises devant les bureaux du gouvernement local à propos de constructions de mauvaise qualité du projet du HLM de Taoyuancun. Des dizaines de ses voisins ont déjà été incarcérés.
‘Nous ne serons pas découragés par cette annonce. Nous avons fait appel auprès du gouvernement provincial en octobre. Et nous irons à Pékin si le gouvernement local ne nous rend pas justice’.
Sun Haiyang, dont le fils a été kidnappé il y a longtemps et qui a rempli de nombreuses pétitions pour obtenir l’aide de la municipalité de Guangzhou, Dongguan, Pékin et Hangzhou décrit le gouvernement local comme un ‘tyran’. ‘Cela ne me fait pas peur, puisque je n’ai rien’, a t-il expliqué. ‘Pourquoi est ce que nous manifestons aussi souvent ? Parce que les autorités se comportent mal et ignorent notre douleur. Pourquoi n’essayent-ils pas de nous aider plutôt que ne nous blesser ?’.
Selon un avocat de défense des droits à Shanghai, la définition de pétitions et protestations ‘anormales’ est trop vague et ouverte à de nombreuses interprétations. ‘Qu’est ce que signifie exactement ‘faire peur au public’ ou ‘troubler le travail des cadres’’ ? La norme pourrait être différente’, a t-il affirmé.
Pour Liu Zilong, un activiste basé à Shenzhen, le gouvernement municipal a dépassé son autorité car seuls la Cour Suprême du Peuple et le Procureur Suprême du Peuple ont le droit d’interpréter les lois en rapport avec les libertés civiles. ‘La plupart des pétitionnaires cherchent justice après que leurs droits ont été violés par les gouvernements locaux. Cette annonce envoie un très mauvais signal au public, à savoir que les bureaucrates se protègent mutuellement en punissant et dissuadant les contestataires’.