Démission de la fondatrice du magazine chinois Caijing

La fondatrice et rédactrice en chef du magazine économique Caijing, l’un des journaux les plus influents en Chine, a démissionné. Cela, un mois après un départ en masse des employés et du directeur général de la revue. 

Hu Shulin a bouclé le premier numéro du mois de novembre du bimensuel et déposé sa démission, marquant ainsi la fin d’une époque pour le magazine qui dénonçait régulièrement les affaires de corruptions, les bourdes médicales et les délits d’initiés. Considérée comme l’âme de Caijing, son départ faisait l’objet d’une intense spéculation depuis plusieurs semaines. 

A 58 ans, Hu, baptisée la ‘femme la plus dangereuse’, avait fait la réputation du magazine en dénonçant le manque de professionnalisme de certaines industries chinoises. En octobre 2000, elle avait rendu public une affaire de falsification massive des profits de Yinguangxia Holdings, l’une des plus grandes sociétés de Shenzhen à cette époque et ainsi envoyé en prison plusieurs directeurs. 

Depuis sa fondation en 1998, le bimensuel jouissait d’une indépendance rare dans un pays où les médias sont étroitement contrôlés par le Parti communiste. Mais les éditeurs du magazine, appartenant à SEEC (Stock Exchange Executive Council), un consortium soutenu par l’Etat, souhaitait restreindre le pouvoir de Hu. Le mois dernier, un employé de Caijing avait expliqué à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que le SEEC voulait recentrer le magazine sur l’économie et les finances pour ‘laisser de côté la politique’. 

Il avait précisé que les conflits entre Hu et les éditeurs s’étaient intensifiés depuis les troubles de début juillet au Xinjiang qu'elle avait tenu à couvrir. ‘Une des lignes que Caijing a franchie est la couverture des émeutes au Xinjiang’, a expliqué Nicolas Bequelon de l’organisation Human Rights Watch à Hong Kong. Mais elle ‘savait gérer la censure gouvernementale (…) son départ est néanmoins regrettable dans un paysage médiatique déjà restreint’. 

Sa démission pourrait provoquer le départ, d’ici vendredi, de 80% de l’équipe éditoriale restante, qui compte 180 reporters et éditeurs. Wang Shuo, rédacteur en chef, a d’ailleurs annoncé sa démission via Twitter hier, et plus de trente reporters auraient déjà suivi ses pas. 

Mais Hu n’est pas en mal. Elle a accepté de diriger le département de communication et de design de l’Université Sun Yat-sen à Canton (sud) et serait sur le point de lancer une nouvelle publication en ligne. ‘On a l’illusion que le Parti évolue mais il considère toujours le contrôle de l’information comme une tâche prioritaire’, a ajouté Mr. Bequelon.