Christine Lagarde et les trente patrons français
La ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, est en Chine pour une visite de trois jours, accompagnée d’une importante délégation de patrons de grands groupes français. Elle a été reçue à Pékin par le vice-premier ministre Li Keqiang.
Six mois après la poignée de main entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao au G20 de Londres, symbole de la réconciliation franco-chinoise, Christine Lagarde est soucieuse de tourner la page des tensions liées à la question tibétaine. Accompagnée d’une trentaine de grands patrons français, elle cherche à donner plus de poids au message qu’elle veut faire passer : la France est prête à faire des affaires avec la Chine. Le gouvernement et les entreprises de l’Hexagone ‘viennent en force pour marque le renouvellement et l’approfondissement des relations commerciales entre nos deux pays’, a t-elle souligné.
‘Je suis venue avec une délégation de qualité dans les secteurs stratégiques de la coopération sino-française’, a t-elle souligné. Et elle n’a pas menti : les responsables d’EADS, Safran, Alstom, Danone, Cartier, Carrefour et du Crédit Agricole entre autres ont fait le déplacement avec l’espoir d’enregistrer des commandes pour Airbus, de devenir le premier partenaire l’Agricultural Bank of China pour le Crédit Agricole ou encore de renouer avec le marché chinois pour Carrefour et Danone, entre autres.
Mais Christine Lagarde n’a pas non plus hésité à parler des sujets qui fâchent tels que la propriété intellectuelle avec le vice-ministre du Commerce ou l’évolution des taux de change avec le gouverneur de la Banque centrale chinoise. ‘Nous partageons avec les autorités chinoises le souhait ardent d’avoir un dollar fort’, a-t-elle déclaré.
Objectif : positionner la France pour qu’elle bénéficie autant que d’autres de la manne financière que représentent les fonds souverains chinois. Au cours de la journée de mercredi, la China Development Bank (CBD) et la Caisse des Dépôts de Consignations (CDC) ont signé un accord-cadre pour la création d’un fond commun franco-chinois, doté de 500 millions d’euros au départ et qui permettra des investissements croisés dans les PME. ‘C’est une visite qui va permettre de développer les échanges entre nos deux pays’, a indiqué le ministre chinois des Finances, Xie Xuren.
Une délégation d’acheteurs chinois est attendue fin novembre en France et François Fillon viendra à Pékin fin décembre afin de sceller politiquement les liens entre les deux pays. On se risquerait presque à parler de fiançailles mais la lune de miel est encore loin : les entreprises françaises se remettent tout juste de la période de rétorsion dont elles ont été victimes en Chine.
‘On nous demandait encore il y a quelques semaines des rabais, juste parce que nous sommes une entreprise française’, témoigne le patron d’une PME industrielles installée à Pékin. Il reste encore difficile pour les entreprises étrangères de travailler avec les autorités. Alstom a investi ces dernières années dans des usines chinoises, dans l’énergie et le transport. ‘Le groupe compte 9 000 salariés en Chine et nous voudrions être considérés comme une entreprise chinoise’, note Philippe Favre, son directeur de réseau international. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui : Alstom attend toujours, par exemple, certaines licences administratives pour son usine de métro de Shanghai.