La justice chinoise souffre de ces propres filets anti-corruption
Encouragés à s’enrichir depuis 30 ans, les Chinois ont parfois recours à des méthodes peu orthodoxes, y compris dans les hautes sphères de l’appareil judiciaire. Aujourd’hui, des dizaines de hauts responsables sont impliqués dans des affaires de corruption. Un mal que le gouvernement a promis de combattre activement.
Parmi eux, Wen Qiang, ancien chef de la justice et ancien chef adjoint de la police de la métropole de Chongqing (sud-ouest). A 54 ans, Wen, pourtant devenu le plus haut représentant de la justice à Chongqing l'an dernier, aurait amassé des biens estimés à plus de 100 millions de yuans. Il est aujourd’hui accusé d’avoir apporté sa protection à un vaste réseau d’hommes d’affaires, de criminels, de responsables officiels de la municipalité. Moyennant argent, tous les secteurs pouvaient bénéficier de sa complaisance : immobilier, transport, jeu, prostitution, usure. Dans cette affaire 2 000 suspects ont fait l’objet d’une enquête et au moins une douzaine de responsables municipaux se sont trouvés pris dans les filets, parmi lesquels le vice-président de la Haute Cour de Chongqing, Zhang Tao.
Selon maitre Mo Shaoping, avocat engagé dont le cabinet a défendu un grand nombre de cas de personnes spoliées de leurs terres ou mal indemnisés, "Quand des gens comme un vice-président de Cour Suprême sont corrompus, vous pouvez vous-même tirer vos conclusions sur l'ampleur de la corruption du système judiciaire en Chine". Et d’ajouter : ‘S’il n’y avait pas eu cet écheveau de responsables pour établir des ponts, Wen Qiang n’aurait pas eu le pouvoir, la capacité d’établir ce parapluie de protections’. Le Quotidien de la Jeunesse de Chine a également commenté l’affaire : ‘Encore plus choquant que les liens de Wen Qiang avec mafia et hommes d'affaires, est le rôle que les responsables officiels à tous niveaux ont joué".
L’an dernier, Huang Songyou, ancien patron adjoint de la Cour suprême de Chine était également tombé en disgrâce et avait été expulsé des rangs du parti communistes suite à l’ouverture d’une enquête pour malversation. Huang aurait aidé à résoudre une affaire immobilière de 400 millions de yuans en échanges d’ ‘indemnités’ à la fin des années 90, alors qu’il était en poste dans la riche province du Guangdong.
‘Le problème de la corruption est lié au fait qu’il n’y a pas de mécanismes de contrôles et d’équilibre sur le pouvoir, cela parce que le parti veut maintenir un monopole et n’est pas prêt à adopter des restrictions à ce pouvoir’, commente Joseph Cheng de la City University de Hong Kong. Un cercle vicieux qui ne permet pas au gouvernement de résoudre ce problème de corruption.
Les autorités ont pourtant pris des mesures de contrôle, comme l’obligation pour les responsables officiels de rendre public leurs biens ainsi que l’emploi de leurs proches. Et bien que le peuple Chinois s’implique à dénoncer les abus de certains hauts dirigeants, quand ils le peuvent, la corruption continue de sévir dans l’Empire du Milieu.