Pierre Bergé ne perd pas les têtes...de bronze
Il est des histoires sans fin. C’est le cas des deux bronzes appartenant à la collection d’œuvres d’art de Pierre Bergé et de son compagnon, Yves Saint Laurent. Leur avenir est toujours incertain mais continue de faire perdre la tête à la Chine, qui souhaite les récupérer et au collectionneur Bergé qui ne sait plus comment s’en débarrasser.
Bergé, le collectionneur, a déclaré avoir ‘fait l’objet de beaucoup d’attaques’ : ‘j’ai été menacé –même de mort’. Suite à la ‘vente du siècle’ au mois de février dernier, le mécène avait d’ailleurs fait appel à une garde rapprochée. Il a déclaré : ‘La police, au moment de cette ventre m’a conseillé de me faire suivre par des gardes du corps, ce que j’ai fait quelques jours’.
Les deux bronzes avaient été adjugés pour un montant s’élevant à 15 475 000 euros pièces au collectionneur chinois, Cai Mingchao qui s’était finalement désisté, estimant qu’ils revenaient de droit à Pékin. La Chine avait en vain tenté de faire interdire la vente et demander la restitution des pièces en faisant appel à des avocats de l’Association pour la Protection de l’Art Chinois en Europe (APACE). Pierre Bergé avait à l’époque proposé de rendre gracieusement les pièces volées si le gouvernement chinois s’engageait à ‘respecter les Droits de l’homme, à donner l’indépendance au Tibet et à reconnaître le Dalaï Lama’. Une proposition qualifiée de ‘chantage’ par Pékin qui avait jugé ‘tout simplement ridicule de violer le droit à la culture du peuple chinois au nom des Droits de l’Homme’.
Les œuvres, qui représentent des têtes de lapin et de rat en bronze d’une quarantaine de centimètres, ornaient aux XVIIIè et XIXè siècles, la fontaine zodiacale du Palais d’été de Pékin, au sein d’un ensemble de douze têtes d’animaux du calendrier chinois. Ils ont été volés pendant la seconde Guerre de l’Opium lors d’un pillage par les troupes anglo-françaises, en octobre 1860 (cf. Lettre de Victor Hugo). Cinq des douze bronzes ont récemment été récupérés par Pékin grâce à l’intervention du Fond du Patrimoine National de Chine, un organisme semi gouvernemental spécialisé dans la récupération d’œuvres d’arts volées, auquel collabore Mr. Cai.
Pierre Bergé a tenté de les donner au musée de Taiwan, qui a refusé pour ‘ne pas ouvrir une pomme de discorde avec le continent chinois’. Il a également renoncé à les donner ou à les mettre en dépôt au musée national des arts asiatiques Guimet à Paris, estimant que la France n’a pas envie ‘d’ouvrir une querelle avec la Chine’. Pierre Bergé a cependant réaffirmé qu’il n’offrira pas les bronzes à Pékin et qu’il les vendra ‘probablement (à) un acheteur courageux’.
Soucieux d’éviter ‘des querelles inutiles’, le mécène a précisé que les sculptures sont aujourd’hui ‘en paix dans une chambre forte’ chez Christie’, la maison d’enchère qui organise la vente. Au mois de février, la dispersion des biens avait rapporté 373,5 millions d’euros en quatre jour à la Fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent. La prochaine aura lieu du 17 au 19 novembre, à Paris.