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Lundi 06 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE

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Société
06/10/2009
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Le Village de Nanjie : le Grand Bond en Arrière

PAR Bénédicte Franchel

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  La Chine est passée à une économie de marché suite aux réformes lancées par Deng Xiaoping en 1978. Pourtant, l’expérience ne semble guère fonctionner dans le village de Nanjie (Henan) qui décide, à partir de 1985, de re-collectiviser les terres et les propriétés. Trente ans plus tard, toute la ville continue de vivre au rythme des théories révolutionnaires, d’une économie collectivisée et d’une apparente harmonie sociale digne des années maoïstes, sur fond de portraits géants des idoles du communisme. 

Mais attention ! Le communisme à Nanjie n’est pas seulement du folklore pour les touristes qui affluent de tout le pays pour s’imprégner de cette atmosphère d’un autre temps. ‘C’est comme à l’époque’, remarque cette touriste du Shandong, ‘les habitants de Nanjie ont une vie sans préoccupation. L’économie de marché, c’est comme l’océan, c’est un lieu hostile mais ici ils ont l’air tranquille’. 

Dans le village modèle communiste, les parcs et les rues sont nets. Les habitants de Nanjie ne possèdent rien et tout à la fois. Appartements, meubles, appareils ménagers, y compris l’imposante horloge représentant la tête du président Mao, rayonnant de couleurs psychédéliques sont fournis. Les Wang sont fonctionnaires et gagnent à eux deux 500 rmb par mois mais ils affirment : ‘Je n’ai aucune inquiétude, tout est gratuit ici. Les autres ont pleins de soucis avec les études de leur enfant, nous c’est la collectivité qui paye’. Pas de loyer, de frais médicaux ou de scolarité, la ville paye tout alors peu importe que les salaires soient deux à quatre fois inférieurs au salaire moyen chinois. 

Un système qui donne accès à tous les avantages : nourriture, logement et transports sont gratuits, soins de santé et éducation sont pris en charge du berceau à la tombe. Personne ici n’a de voiture ou d’argent à la banque et tout le monde semble heureux. Les prestations sociales sont basées sur un système de points. Les comités de village inspectent régulièrement les maisons et attribuent des récompenses selon les comportements : obéissance au Parti communiste, propreté et respect des ainés sont les mots maitres. A l’école, on s’assure que la doctrine de Mao est bien transmise aux nouvelles générations. Les parents sont ravis : ‘Ce système montre les avantages de l’économie collective. Il réduit les frais pour les habitants et favorise l’éducation. C’est l’image parfaite du bien-être’. 

Le maire de la ville et gardien de la tradition c’est Wang Hongbin. Fervent communiste, il a décidé de maintenir un système d’économie planifiée : ‘En regardant ma ville, je suis rassuré car c’est la preuve que le communisme fonctionne’, dit-il, ‘le niveau de vie s’est amélioré, on s’enrichit ensemble’. 

Nanjie la rouge aurai-t’elle trouvé la recette du bonheur ? Dans les faits, non ! Car, même si les enseignements du Grand Timonier servent de compas moral aux 3100 habitants, le vrai secret de ce bien-être collectif c’est bien le capitalisme. Selon un secrétaire du Parti Communiste depuis 1977, le village a emprunté l’équivalent de $150 millions des banques de l’Etat afin de s’industrialiser : entreprises de pâtes, bière et produits pharmaceutiques. L’une d’entre elle promeut même le ‘tourisme rouge’. Et dans les usines de la ville, ce sont quelques 6 000 migrants qui travaillent douze heures par jour, sept jours sur sept à la richesse collective. Et qui ne profitent d’aucun avantage, réservés exclusivement aux natifs. ‘Les natifs de Nanjie, je les envie mais même pour les vieux jours, ils n’ont aucun problème’, dit cette employée de l’usine de pâtes. 

La production économique du village est en déclin depuis quelques années. La forte concurrence avec le reste du pays a forcé la fermeture partielle de plusieurs usines et au moins un scandale de corruption a entaché la crédibilité des dirigeants. Mais tous continuent d'y croire. 

Nanjie, l’utopie communiste, libérée des inégalités et de l’exploitation. Enfin, à quelques détails prêts ! Mais à l’occasion du 60ème anniversaire, les inégalités entre migrants et natifs qui ont présentés ensemble un grand spectacle, ont été mises de côté. Sur la scène au moins, l’harmonie a régné.  




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