Vendredi 10 Septembre 2010ÉDITION FRANçAISE
Jeudi soir, à l’occasion du gala du 60ème anniversaire, Zhang Yimou nous a une nouvelle fois émerveillés. Rejeté, aimé, interdit puis adulé, le réalisateur et chorégraphe est aujourd’hui un ambassadeur de choix pour le gouvernement central qui l’a pourtant si fortement désavoué dans le passé.
A 57 ans, Zhang est celui sur lequel le gouvernement s’appui pour les représentations de grande envergure. Mais ça n’a pas toujours été le cas ! Le réalisateur est né dans le Shaanxi (nord), du ‘mauvais côté politique’. Son père appartenant à l’armée nationaliste repoussée par les communistes en 1949, il souffrira longtemps de cette situation. A 17 ans, en pleine Révolution Culturelle, il est envoyé à la campagne pour se rééduquer auprès des paysans. C’est là qu’il découvre la photographie.
En 1978, la politique de réformes lancée et la pensée communiste relayée au deuxième plan, il refait surface et intègre la prestigieuse Ecole de Cinéma de Pékin. ‘Toute son enfance et son éducation lui avaient appris à vivre dans un monde qui avait déjà décidé que vous étiez une mauvaise personne – même avant votre naissance’, explique Chris Berry, professeur de cinéma au Goldsmith College de Londres et connaissance du réalisateur. ‘Le ressentiment comme le besoin de reconnaissance sont évidents dans les films de Zhang’, affirme-t-il.
Certaines de ces premières œuvres n’avaient pas été diffusées en Chine. Mais en 1994, son film ‘Vivre’, l’histoire des tribulations et des ennuis d’une famille des années 1940 à la Révolution Culturelle, lui permet de remporter le Grand Prix ex-æquo du jury du Festival de Cannes. Une consécration qui lui attire de vives critiques des autorités, qui l’interdisent de tournage pendant deux ans et l’accusent de flatter les étrangers.
Un tournant décisif pour le réalisateur. En 1999 il décide de retirer son film ‘Pas un de moins’ du Festival, furieux d’être accusé d’être devenu politiquement ‘mou’. Depuis, Zhang ne s’essaie plus à la réalisation de films d’art et se concentre sur les superproductions, avec kung-fu et glorification de l’histoire impériale, comme ‘Héros’ (2006) et ‘Le secret des poignards volants’ (2004). Zhang ne semble plus que souhaiter faire venir les chinois au cinéma et concurrencer les superproductions hollywoodiennes. ‘Il est de plus en plus associé aux autorités et le succès de ses derniers films repose sur un certain rapport avec le pouvoir’, expliquait le cinéaste Jia Zhangke.
Zhang Yimou est aujourd’hui devenu le parfait ambassadeur du régime. Reconnu par les pays occidentaux mais aussi, ‘contribuant fortement au développement de la culture chinoise’, déclarait à la presse le Ministre de la Culture Cai Wu, à quelques jours du 1er octobre. Ce jeudi encore, sur la Place Tian’anmen, la chorégraphie de Zhang a coupé le souffle d’une nation entière. Son statut lui permet aussi de continuer son œuvre : les 6 et 7 octobre, il mettra en scène une version chinoise du ‘Turandot’ au Nid d’Oiseau, là même où il avait ébloui le monde en août 2008.